En salle depuis ce 23 septembre, Les Apparences est un drame conjugal porté par Karin Viard et Benjamin Biolay qui lorgne autant du côté de la comédie que du thriller. Rencontre avec son réalisateur Marc Fitoussi.

AlloCiné : Comment est venue l’idée d’adapter le roman Trahie de Karin Alvtegen ?

Marc Fitoussi : C’est ma productrice Christine Gozlan qui était venue me trouver il y a longtemps après mon premier long-métrage La vie d’artiste en 2007. Elle l’avait vu, on s’était rencontré et elle m’avait demandé si j’avais envie d’adapter un roman. A l’époque, je n’en avais pas spécialement envie parce que j’avais encore des histoires originales à raconter. Mais je lui avais quand même dit que s’il y avait bien un genre auquel je voulais m’essayer c’était le thriller.

J’avais évoqué Patricia Highsmith, une auteure que j’adore. Sauf qu’on s’était rendu compte que tous les droits de ses romans étaient détenus à l’époque par Sydney Pollack. Christine m’a alors parlé de Trahie de Karin Alvtegen, que je n’ai pas complètement adoré, je dois l’avouer. Mais c’est pour ça que je me suis laissé tenter par une adaptation parce que je me sentais plus libre pour le modifier et y insuffler des choses qui manquaient selon moi. Ce qui est marrant, c’est que j’ai l’impression qu’au final le film est plus romanesque que le roman.

Quelles sont les changements que vous avez opéré ?

J’ai ajouté la communauté des français expatriés, le fait que le personnage d’Eve soit une femme qui a accédé à un certain rang social alors qu’elle est issue d’un milieu plus modeste,… des choses qui n’existent pas du tout dans le bouquin puisque l’intrigue du livre se passe de nos jours à Stockholm avec un couple assez lamba. L’histoire du livre est très simple, c’est l’histoire d’une femme qui découvre que son mari la trompe avec l’institutrice de leur fils.

Ce qui me gênait dans le bouquin, c’est qu’on ne comprenait pas pourquoi cette femme n’avait pas l’intention de quitter son mari et j’avais donc besoin d’ajouter ce contexte-là de communauté d’expatriés qui a quelque chose de très chabrolien pour le coup avec cette ville de provinces et ces notables où tout le monde s’épie et se surveille en vase clos. Chez les expatriés, il y a ce jeu là par rapport à l’autre et aux regards et on se sent contraint de rester à sa place et de faire bonne figure. C’est ce qui justifie les agissements d’Eve, la peur du qu’en dira-t-on.

Les Apparences : “un film jubilatoire” pour Karin Viard et Benjamin Biolay

Vous citez Chabrol, c’est vrai que vous mélangez les genres dans Les Apparences qui tire autant vers la comédie que le thriller mais aussi vers le film social avec un côté Nouvelle Vague et même une impression hitchcockienne. C’était une volonté dès le début de brouiller les pistes de ce drame conjugal ?

J’aimais bien que le film démarre comme une étude de moeurs, on est d’abord dans une chronique du monde des expatriés, un milieu très peu dépeint au cinéma et que j’ai beaucoup cotoyé. Il y a ensuite une volonté d’être un peu dans la comédie en jouant beaucoup sur l’ironie en permanence. Petit à petit, le film va vers du thriller, vers quelque chose de plus en plus sombre, de plus en plus inquiétant. Mais il y a quand même des signes avant-coureurs dès la musique du générique du début. Les virages ne sont pas trop brutaux.

Comment s’est passé le tournage avec les comédiens ? Au premier abord, on se dit que ce sont des choix audacieux pour ce genre de personnages et au final, ça fonctionne très bien tant dans les dialogues que dans les postures qu’ils adoptent.

Karin Viard était une évidence. Elle m’a donné cette idée de faire de son personnage de grande bourgeoise une femme venant d’un milieu plus modeste qui s’est battue pour accéder à son rang. C’est ce qui permet de rendre Karin très crédible parce qu’on la connait très sympathique et directe. Pour Laetitia Dosch, j’avais cette image d’elle dans Jeune Femme qui n’a rien de bourgeois et qui était parfait pour être l’opposé de Karin.

Je me suis battu pour faire ce film, surtout pour voir Karin dans ce genre de rôles à s’amuser et à jouer à la peste.

Et Benjamin Biolay, connu pour ses chansons, dans le rôle d’un mari infidèle peu bavard, c’est intéressant…

J’aime bien choisir des acteurs pour qu’ils surprennent. Je sais que les gens aiment la voix de Benjamin et le rendre très taiseux c’est un peu à l’image de l’ironie de ce film. Mais ce que j’aime bien c’est qu’au delà de la voix, on le devine très intelligent. Ce n’est pas parce qu’il ne dit rien qu’il ne pense rien. Je le remercie vraiment parce que tous les acteurs ne sont pas prêts à jouer ce type de rôles. Je pense que ça l’intéresse de donner plus de choses à voir qu’à dire. Il aime aussi proposer des choses en fin de prise, et je suis assez friand de ça. J’ai été beaucoup soutenu par mes acteurs pour ce film qui a été compliqué à financer.

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