Dans une enquête publiée par Libération ce mardi 31 août, Gérard Larcher, président du Sénat, se voit accusé de n’avoir pas signalé aux autorités compétentes des cas de harcèlement au Palais du Luxembourg.

Sa faute n’est pas d’avoir harcelé, mais de ne pas avoir dénoncé. Dans l’enquête parue ce mardi 31 août dans Libération, la responsabilité de Gérard Larcher dans la gestion des affaires de harcèlement au Sénat est mise en cause de façon implacable par les collaborateurs de parlementaires. La cellule anti-harcèlement, mise en place au Palais du Luxembourg depuis 2018, serait non seulement “inopérante“, mais également contre-productive. Une collaboratrice parlementaire assure ainsi que c’est sa saisie de la cellule qui a mené à son licenciement, prononcé au printemps 2021.

Depuis 2018, cette cellule anti-harcèlement doit “recevoir les collaborateurs qui se disent victimes de harcèlement ou de comportement de ce type“, comme le précisent les instances du Sénat. Elle se compose d’un médecin et d’un psychologue du travail, d’un représentant des salariés et d’un haut fonctionnaire. Après saisie, c’est elle qui doit se charger de transmettre ou non le cas de harcèlement au président du Sénat, Gérard Larcher, qui serait le seul à pouvoir transmettre le dossier au procureur de la République. Mais pour une des collaboratrices, qui parle sous le nom de Sophie à nos collègues de Libération, c’est la saisie même de cette cellule qui serait à l’origine de son licenciement en mars 2021 : un “piège” selon cette assistante parlementaire, qui évolue dans la profession depuis près de 26 ans. “J’ai fait confiance aux institutions, je n’aurais pas dû. Mes malheurs viennent de là. Tout ce que j’ai dit à la médecine du travail a été retenu contre moi.” Elle va même plus loin : “Je serais toujours en poste aujourd’hui si je n’avais pas saisi la cellule“.

“Au Sénat, tu fermes ta gueule ou tu dégages”

Certains collaborateurs harcelés auraient ainsi renoncé à passer par cette procédure, jugée “opaque” par la CGT du Sénat, et ont porté leur dossier directement devant la justice, comme cette ancienne assistante de la sénatrice Frédérique Espagnac l’explique : “Je n’avais aucune confiance en la cellule. C’est une machine à couvrir les faits, pas à les dénoncer.” Car, ce que dénonce une autre représentante syndicale auprès de Libération, Florence Faye, de l’UNSA, c’est le rôle “aberrant” accordé à Gérard Larcher. “Malgré la bonne volonté de ceux qui la composent, cette cellule s’est vite révélée inopérante. Le président du Sénat est censé être le grand arbitre en cas de harcèlement, mais c’est aberrant de le mettre dans cette position. On nous dit qu’il est le seul à pouvoir transmettre un dossier au procureur de la République. Pourquoi ne l’a-t-il jamais fait ?

Gérard Larcher, mis en examen ?

Selon un certain Eric, ancien collaborateur de Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice des Français de l’Étranger, dont la procédure devant la justice contre est encore en cours, cela a tout à voir avec une certaine solidarité entre sénateurs. “Entre sénateurs, on ne se punit pas. C’est une caste à part. Il y a un principe de soutien entre eux. Ils font la loi, mais elle ne s’applique pas à eux.” Pour lui, cela peut se résumer en une phrase-choc : “Au Sénat, la règle, c’est tu fermes ta gueule ou tu dégages“. Selon Libération, plusieurs plaintes contre X auraient été déposées dans ces affaires de harcèlement au Sénat, dont certaines pourraient viser son président. C’est l’avocate de ce collaborateur, Me Biot-Stuart qui le précise, en rappelant l’article 40 du Code pénal : “Toute autorité constituée, dont fait partie Gérard Larcher, qui a connaissance d’un crime ou d’un délit, doit le signaler au procureur de la République.” Et dans le cas de son client, Gérard Larchera refusé de transmettre le dossier au parquet. Pour cela, le patron des sénateurs pourrait bien être “mis en examen“, selon l’avocate.

Crédits photos : Stephane Lemouton / Bestimage

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