Il est 19h30, le soleil tape encore fort dans les allées de la promenade du Peyrou à Montpellier. Malgré la chaleur, les chaises du public sont presque toutes remplies. En coulisse, techniciens, maquilleurs et coiffeurs s’activent. Les loges accueillent une à une les différents artistes de la soirée. Le bruissement lointain des spectateurs devient bientôt, entraîné par le chauffeur de salle, un rassurant brouhaha de rires et de cris de joie. Tout cela parait irréaliste, pourtant on y est : c’est la fête, enfin.

Malgré l’effervescence et les petites mains qui courent dans les allées, tout semble sous contrôle, comme s’il ne s’était rien passé depuis un an et demi. Comme si, finalement, organiser, préparer, monter et participer à un spectacle, c’était comme le vélo : il suffit de se remettre en selle pour se rappeler comment pédaler.

Et pour remettre la culture en selle, quoi de mieux que Culturebox, la chaîne de France Télévisions dédiée au spectacle vivant, créée durant la crise sanitaire ? “Nous avons reçu plus de 1 000 artistes en seulement quatre mois et aujourd’hui, cela nous semble logique de continuer à les soutenir à travers ce festival. On aurait presque pu oublier la nécessité d’aller voir un concert, à quel point ça fait du bien psychologiquement et physiquement, à quel point ça libère, à quel point on veut faire la fête”, s’enchantent Daphné Bürki et Raphäl Yem, les présentateurs de Culturebox l’émission.

Un public et des artistes en communion

Pendant cinq soirs, du vendredi 2 au mardi 6 juillet, une vingtaine d’artistes se sont succédé sur scène : Eddy de Pretto, Tryo, Christophe Maë, Carla Bruni, Amir, Gaël Faye, Suzanne, Boulevard des Airs, Youssoupha… Tous étaient à la recherche de ce qui leur avait tant manqué : le public.

“Quand le public chante avec nous, quand on le rencontre, c’est vital à la fois pour l’esprit et pour l’âme, confie Amir. Les chanteurs ne sont pas là que pour faire des chansons en studio et qu’elles passent ensuite à la radio. Pour moi, tout ce qui se passe, c’est dans l’unique but de générer la rencontre avec le public.”


Le chanteur de 37 ans, révélé dans “The Voice”, a ouvert le bal avec six chansons, “un mélange de notre énergie et de la panoplie d’émotions que l’on veut délivrer avec les musiciens.” Une énergie que les spectateurs lui ont bien rendue en passant toute la représentation debout. D’ailleurs, le public, chauffé à bloc, ne s’est que très rarement assis. Même pour les moments émotions délivrés par Carla Bruni ou Yseult, il s’est donné en restant levé, flash de téléphone à la main pour remplacer les briquets. “C’était un régal, ça faisait du bien de voir des artistes chanter, de voir tout le monde danser, s’amuser”, explique une spectatrice, les yeux pétillants.

Retrouver le public c’est “mieux que tout”

Pour respecter les conditions sanitaires, la jauge était limitée à 1 000 personnes et le public tiré au sort. Pas de quoi frustrer Carla Bruni, qui avait déjà chanté à Versailles deux jours plus tôt : “Je suis déjà contente que le public soit là, c’est tellement une chance de pouvoir chanter devant les autres. Ce n’est pas mieux que rien, c’est mieux que tout.”

Une position presque partagée par Suzanne : “Je suis un peu frustrée, j’aurais aimé que ça dure un peu plus, parce que là je commençais à voir que le public se chauffait. Mais on joue le jeu, l’essentiel c’est qu’il y ait des gens, après qu’il y ait trois personnes ou 30 000 c’est pareil pour moi, je suis déjà en représentation.” Et au vu de l’énergie dépensée par la jeune femme sur scène et de sa frange rousse totalement mouillée en regagnant sa loge, Suzanne, le show, elle connaît : “J’aime bien être énergique sur scène, mettre du mouvement, ressortir tremper de scène, avoir l’impression de sortir d’un combat de boxe avec moi-même.”


Celui qui était très content aussi de retrouver son public, en faisant littéralement communion avec lui lorsqu’il a rejoint la foule, c’est Gaël Faye. Jeunes comme vieux, l’artiste de 38 ans semble avoir séduit tout le monde en les faisant “chalouper”, comme le réclame sa chanson. “J’ai beaucoup aimé, j’ai découvert des artistes que je ne connaissais pas parce que ce n’est pas ma génération, raconte une spectatrice venue initialement pour Carla Bruni. Comme Gaël Faye notamment, qui a une rythmique très dansante, comme j’aime. Ce mix d’artistes, je ne l’aurais pas imaginé et pourtant ça fonctionne très bien.” 

Une proposition artistique hétéroclite qui en a convaincu plus d’un : “On a notre préférence pour Suzanne, Gaël Faye en deuxième et Amir en troisième, c’est notre top 3, détaillent deux amies. Mais c’était super varié et c’était vraiment bien de faire une pause douce mais super fun avec Yseult et Carla Bruni.”

“L’hiver a été long mais l’été sera sublime”

Gaël Faye, qui a été “sauvé” de la morosité pendant la crise sanitaire parce qu’il “préparait un album” parle de “renaissance” après ces retrouvailles avec le public : “Il y a cette envie de faire la fête qui nous bouleverse tous. Les musiciens, moi, même les techniciens. Et je pense que le public aussi. Il faut que l’on se retrouve à un concert pour qu’on se rende compte à quel point tout ça nous a manqué.”

Et puisqu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, pour celles et ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister aux Estivales de Culturebox et au concert Africa du 9 juillet prochain, quatre soirées spéciales fin juillet et au cours du mois d’août seront consacrées à la diffusion de ces spectacles sur les antennes de France Télévisions. Un bel été en perspective donc. Et pour les sceptiques, restons sur cette conclusion de Gaël Faye : “L’hiver a été long, mais l’été sera sublime.”

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