Une gare s’est élevée au XIXe siècle sur les ruines du palais d’Orsay. Un livre revient sur cette histoire épique.

Restez informée

Le palais, une ambition impériale

EN 1808, Napoléon désire faire construire un bâtiment pour loger le ministère des Relations extérieures. Mais ce qui devait être le symbole du rayonnement de la France ne s’élève qu’à 2 mètres lorsqu’il abdique en 1814. Après vingt ans de valses-hésitations, les travaux reprennent pour y installer le Conseil d’Etat et la Cour des comptes. En 1840, l’édifice de 6.000 mètres carrés toise enfin la Seine de ses 24 mètres de haut. Il joue son rôle d’établissement public jusqu’au 23 mai 1871, date à laquelle il brûle lors des incendies de la Commune.

Une ruine romantique

Après l’insurrection, l’Hôtel de ville et le palais de la Légion d’honneur, qui ont subi le même sort, renaissent de leurs cendres. Mais le siège du Conseil d’Etat est laissé à l’abandon. On ne sait que faire de ces décombres durant…vingt-sept ans ! Les cours, portiques, arcades et galeries ajourées de l’ancien palais sont envahies par les orties, les ronces et la mousse. Des arbres poussent ainsi que des plantes rares – dont les graines ont été semées par le vent depuis les jardins des hôtels particuliers environnants. Ce cadre pittoresque et mélancolique attire les peintres qui viennent poser leur chevalet au milieu de ces “ruines romaines” en plein cœur de Paris.

La première gare électrifiée

En vue de l’exposition universelle de 1900, le terrain est vendu à la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans. L’architecte Victor Laloux conçoit une gare moderne avec des espaces “plus confortables et luxueux”, la première en France à accueillir des trains électriques. Mais l’ensemble ne doit pas jurer avec le Louvre et le jardin des Tuileries en face, sur l’autre rive. Laloux dissimule donc les 12.000 tonnes de structure métallique derrière un beau calcaire blanc. Le chantier démarre avec la démolition des ruines du palais en avril 1898 et la gare d’Orsay, dotée d’un hôtel de luxe, est inaugurée le 14 juillet 1900.

Reconversion artistique

Mais la station ferroviaire est vite dépassée. Dès 1939, elle ne dessert que la banlieue, puis les guichets ferment. A nouveau se pose la question de l’avenir du site. Sa destruction est envisagée pour bâtir un hôtel international. Mais la gare est sauvée in extremis en 1971, puis classée monument historique. En 1977, le président Valéry Giscard d’Estaing veut en faire un écrin dédié à l’art occidental de 1848 à 1914. Le cabinet ACT-Architecture et la réputée décoratrice italienne Gae Aulenti assurent sa reconversion. Inauguré en 1986, le site trouve enfin sa vocation en abritant, entre autres, la plus grande collection impressionniste du monde.

Paroles d’experte

Hélène Lewandowski, historienne de l’architecture, auteur de Le Palais d’Orsay, une autre histoire du XIXe siècle, éditions Passés/Composés, 22€.

Pourquoi un livre sur le palais d’Orsay ?

Son histoire, que l’on peut résumer par trente ans de chantier, trente ans de vie et vingt-sept ans de ruine, est incroyable !

Est-il le miroir de l’histoire du XIXe siècle ?

Tout à fait, et le reflet des évolutions de la société. Né du désir de Napoléon d’offrir un bâtiment au ministère des Relations extérieures (pour montrer l’éclat de l’empire), le chantier est délaissé sous la Restauration avant d’être achevé par la monarchie de Juillet qui y voit l’occasion de s’inscrire dans une continuité historique. La IIIe République préférera investir dans des constructions de service public (mairie, gare, école) plutôt que dans celles de prestige.

Que nous dit sa mutation en musée ?

Dès 1960, on prévoit d’élever un hôtel à la place de la gare. Mais dix ans plus tard, les mentalités ont changé. La destruction des halles de Baltard et la construction de la tour Montparnasse créent une polémique qui suscite un regain d’intérêt pour le patrimoine à protéger.

A lire aussi :

⋙ Top 10 des musées européens les plus populaires au monde

⋙ Top 10 des musées en France

⋙ Confinement : 10 merveilleux musées à visiter en ligne

Article paru dans le numéro Femme Actuelle Jeux Histoire n°18 mars-avril 2021

Source: Lire L’Article Complet