En suggérant d’accepter ce que l’on ne peut changer, cette philosophie nous préserve de l’agitation vaine et des colères inutiles. Bref, être stoïque rend zen. Utile dans la période actuelle.

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Associer les mots pandémie et stoïciens sur le web suffit pour s’en rendre compte : ce sont les stars du moment ! Depuis le début de la crise, tout le monde appelle ces penseurs à la rescousse. Il faut dire qu’en ces temps de restrictions en tout genre, leur calme légendaire face à la vie et à ses coups tordus a de quoi nous faire réfléchir. Que feraient Sénèque, Marc Aurèle, ou ce bon Épictète (l’esclave devenu philosophe) face aux actualités anxiogènes charriées par les chaînes d’information ? À quoi bon paniquer – nous souffleraient-ils – puisqu’on n’y peut rien !

Le premier grand principe des stoïciens est en effet celui-là : cesser de se tracasser pour ce qui ne dépend pas de nous. Les embouteillages, la hausse des prix, la météo, mais aussi notre santé, notre fortune ou notre réussite. Car comme l’écrit le philosophe Roger-Pol Droit*, “quels que soient nos efforts pour être prospère, le résultat n’est jamais garanti.” On a beau tout faire pour que la chance nous sourie (et que les planètes s’alignent), on reste à la merci du petit (ou gros) grain de sable qui enraye la machine. Alors, entre nous, mieux vaut lâcher prise.

Un art de l’acceptation

Les Japonais appellent cela le shikata ga nai (“c’est ainsi” ou “on ne peut rien y changer”). En 2016, un article paru dans Psychology Today décrivait comment cette façon d’appréhender la vie avait aidé les victimes à endurer les épreuves après le tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire survenus en 2011. Quelques années auparavant, un article du Japan Times lui accordait même des effets positifs sur la santé. Son auteur, biologiste et rédacteur scientifique, y émettait l’hypothèse que l’art de l’acceptation (pratique toute stoïcienne) contribuait à réduire la tension artérielle et le niveau de stress. Il osait pour cela un parallèle entre les effets du shikata ga nai et de la méditation transcendantale. Chez des sujets qui souffrent d’une pression artérielle élevée, cette pratique peut même réduire de 23 % le taux de mortalité, selon une étude publiée dans l’American Journal of Cardiology.

Une volonté d’alléger son fardeau

Mais alors quoi ? On subit les aléas de l’existence et point ? Pas du tout, répondent les stoïciens. Il y a quelque chose qui dépend de nous (et seulement de nous !) : notre façon de réagir à ce qui nous arrive. “L’éthique stoïcienne n’entend pas changer les circonstances extérieures de la vie […] mais l’attitude de l’individu face à celles-ci”, résume Maël Goarzin**, doctorant en philosophie antique. Ce que la philosophe Elsa Godart*** illustre par ces mots : “Si […] quelqu’un nous affecte par des paroles blessantes, alors nous avons le choix : soit nous décidons de juger que cela doit nous mettre en colère, soit nous décidons que ces propos-là ne nous atteignent pas…”

Sortir des ruminations mentales, ces pensées négatives qui tournent en boucle et nous conduisent à interpréter les faits (“Pourquoi moi ?”, “Qu’ai-je fait pour mériter ça ?”, etc.), est d’ailleurs une des voies choisies, aujourd’hui, par les thérapies comportementales et cognitives (TCC) pour soigner le stress, l’anxiété et la dépression.

Une manière de se préparer à tout

Que faire alors des coups durs (deuils, ruptures, échecs) – bien réels ceux-là et inévitables – que la vie nous inflige ? Les regarder en face, nous disent les stoïciens ! Les philosophes antiques vont même plus loin : parmi les “exercices pratiques” qu’ils proposent, la “préméditation des maux” consiste à envisager le pire pour le rendre acceptable.

Des recherches conduites par la professeure de psychologie Julie Norem ont démontré l’intérêt du “pessimisme défensif”, une attitude qui transforme l’anxiété en action. Exemples : “Je m’inquiète de l’avenir de mon couple, donc je mets tout en œuvre pour qu’il dure” ou encore “J’ai peur de tomber malade, alors je reprends le sport pour prévenir les risques.”

En 2016, des chercheurs en psychologie ont interrogé quatre mois durant 230 diplômés en droit qui attendaient les résultats à l’examen du barreau de Californie. Leur étude, publiée dans la revue Emotion, montre que les personnes angoissées pendant la période d’incertitude réagissent mieux, non seulement aux mauvaises nouvelles (ils en sont moins affectés) mais aux bonnes nouvelles (leur joie est décuplée !).

Un refuge intérieur

Entre autres avantages, le stoïcisme est applicable au quotidien et accessible à tous ! Inutile en effet de fuir le monde (et les malotrus qui le peuplent) pour trouver la paix et la tranquillité d’âme. Au contraire ! La philosophie nous offre de bâtir en nous une “citadelle intérieure”, qui, en préservant notre liberté, nous permet de mieux embrasser le monde.

Lire aujourd’hui les écrits de l’empereur Marc Aurèle (né en 121 après J.-C.) donne d’ailleurs le tournis tant il semble nous avoir observés durant l’année écoulée… Dans Pensées pour moi-même, il écrit : “On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d’isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l’heure que tu veux, te retirer en toi-même.”

Une célébration de la vie

Les stoïciens seraient-ils un peu épicuriens sur les bords ? Sans doute ! En nous exhortant à prendre en compte la brièveté et la fragilité de la vie, ils nous invitent à vivre le moment présent et à nous concentrer sur l’essentiel. Marc Aurèle (encore lui) nous dit : “Tout faire, tout dire et tout penser en homme qui peut sortir à l’instant de la vie.” Ce faisant, le stoïcisme nous invite à développer davantage de gratitude envers ce que nous avons. Et là encore, la science acquiesce. Des études récentes ont démontré les bienfaits de la gratitude pour le bien-être de l’individu. En 2015, des chercheurs de l’université de Californie ont par exemple analysé ses effets sur des sujets atteints d’insuffisance cardiaque. Via un questionnaire adressé à 186 patients, ils ont établi que, lorsqu’elle s’exprime, la gratitude est associée à un meilleur sommeil, une humeur moins dépressive et, in fine, un risque cardiaque diminué.

* Dans l’article “Stoïciens, le bonheur paradoxal”, paru dans l’hebdomadaire Le Point en 2010.

** Dans “La philosophie, un art de vivre”, éd. Cabédita.

*** Dans “Ce qui dépend de moi, petites leçons de sagesse”, éd. Albin Michel.

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