Il n’y a pas que les sports collectifs ou les jeux de construction qui sont bons pour le cerveau des enfants. Jouer seul à la poupée ou aux figurines lui permet de développer son empathie d’après une étude anglaise. Décryptage par Clémence Prompsy, psychologue clinicienne.

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Que se passe-t-il dans la tête de nos enfants quand ils jouent à la poupée ? C’est la question à laquelle une équipe de neuroscientifiques de l’université de Cardiff a tenté de répondre. Ils ont surveillé l’activité cérébrale d’un groupe de 42 filles et garçons, âgées de 4 à 8 ans, pendant qu’il jouait à la poupée. Ils ont remarqué que le cortex frontal était activé quand l’enfant jouait seul. Or, cette zone du cerveau correspond au traitement des informations sociales comme l’empathie. Le Dr Sarah Gerson, maître de conférences et chercheuse à l’université de Cardiff, précise en complément de l’étude : “Nous utilisons cette zone du cerveau lorsque nous pensons aux sentiments d’une autre personne. Les poupées encouragent les enfants à construire une réflexion face à autrui et à la façon dont ils pourraient interagir les uns avec les autres. Le fait que nous ayons vu le STS (sillon temporal supérieur) être actif dans notre étude montre que jouer à la poupée les aide à développer certaines des aptitudes sociales dont ils auront besoin en grandissant.” “C’est une super nouvelle“, se réjouit Clémence Prompsy, psychologue clinicienne chez “Kidz et Family”. “Nous savions déjà que jouer seul, à la poupée ou à un autre jouet, était bon pour de nombreuses raisons. Mais en tant que psychologue, nous sommes ravis de voir que cela développe aussi l’empathie. Le cortex frontal est la zone du cerveau qui se développe le plus tardivement et le plus longtemps chez l’homme, jusqu’à l’âge de 25 ans. C’est cette partie du cerveau qui est la plus « sociable », c’est elle qui maîtrise et tempère nos réflexes les plus archaïques. A savoir les réactions des enfants en bas âge du type : tu m’as pris mon jouet, je t’arrache les cheveux.

La mise en situation, une source d’entraînement à l’empathie

L’enfant imagine la poupée dans une situation. Elle tombe malade, est-ce qu’elle va partir à l’hôpital ? Il n’y a qu’une paire de chaussures pour deux poupées, vont-elles se disputer ? “Tout ce qui vise à mettre en situation, mettre en perspective les compétences sociales de plusieurs protagonistes est une source d’entraînement“, explique la psychologue. “Cela muscle son cerveau. Le jeu développe sa capacité à être plus subtil et plus doué en compréhension de soi-même et des autres.

Or, les parents ont bien compris l’importance de cette qualité humaine pour la vie future de leur enfant. Une étude menée par Barbie® montre que 84,4 % des parents français considèrent l’empathie comme une compétence sociale clé qu’ils aimeraient que leur enfant développe. “Cela lui donne une meilleure compréhension de sa place dans le groupe“, décrypte Clémence Prompsy.

La poupée n’est pas le seul jeu où l’enfant peut s’entraîner et développer son empathie. Figurines, dinosaures, Playmobil ®, peluches ou même petites voitures, à chaque fois qu’il met en situation des personnages, il développe cet apprentissage, à condition qu’il soit libre, sans règle, ni contrainte.

Les conseils de la psy

Faut-il intervenir ou le laisser jouer ?

Je conseille souvent aux parents de jouer 5 minutes par jour avec leur enfant“, conseille Clémence Prompsy. “Mais attention, proposez 2 ou 3 activités et laissez-le choisir librement des jeux de collaboration, c’est-à-dire sans gagnant, ni perdant, où ne se cache pas une leçon scolaire déguisée. L’enfant remplit son réservoir de la présence de l’adulte. Le parent observe ce que l’enfant fait avec plaisir et curiosité. Celui-ci a l’impression que l’on s’intéresse vraiment à lui, pas seulement parce qu’il s’est bien lavé les dents ou qu’il a terminé son assiette. C’est jouer pour moins crier, car l’enfant a besoin que l’on pose les yeux sur lui. Si on ne le fait pas de cette façon, , il risque de chercher notre attention par tous les moyens jusqu’à nous faire sortir de nos gonds.

Il a du mal à jouer seul, comment l’aider ?

On constate que beaucoup d’enfants ne jouent jamais dans leur chambre“, remarque la psychologue. Elle propose quelques astuces de déco pour donner à l’enfant l’envie d’investir son lieu de vie.

– Gagnez de l’espace dans la chambre. Dès 2 ans et demi, l’enfant peut passer à un lit de grand. La table à langer peut être retirée, en passant aux couches culottes.

– Installez tous les jouets dans sa chambre et pas dans le salon. Organisez des bacs de rangement. Plus la chambre est facile à mettre en ordre, plus il peut s’autoriser à y mettre du bazar.

– Diffusez de la musique. Cela a un effet attractif chez les petits.

– Installez un grand miroir. ” Dès le plus jeune âge, l’enfant adore se regarder dans la glace et en plus, il peut avoir l’impression d’être deux,” note la psychologue.

A vous de lui donner l’habitude de s’y installer. “Je conseille par exemple au parent le week-end de prendre son café dans la chambre de l’enfant. Vous vous asseyez par terre sans jouer avec lui. Vous vaquez à vos occupations, surfez sur votre smartphone. Si la chambre est sympa et bien organisée, l’enfant va spontanément jouer sans se préoccuper de vous. Au bout d’une trentaine de minutes, vous partez 2 minutes, puis vous revenez. Vous faites cela régulièrement chaque semaine.” L’enfant va associer progressivement sa chambre à un lieu convivial.

Quand l’enfant maltraite un personnage

Votre enfant coupe les cheveux de sa poupée, lui arrache un bras ou fait subir à son dinosaure des traumatismes sévères, faut-il s’inquiéter ? “Développer l’empathie ne veut pas dire être gentil, doux et délicat“, rappelle la psychologue. “Cela signifie s’entraîner sur des situations humaines, des conflits. Laisser libre cours à son agressivité, par le jeu est très bénéfique. Cette colère, si elle est présente, va ressortir à un moment ou un autre. Autant que ce soit sur des poupées. Cela fait partie d’un processus thérapeutique.” Ces émotions sont naturelles et doivent s’exprimer. Si vous constatez que votre enfant joue et rejoue des scènes agressives, c’est l’occasion d’en parler avec lui et d’essayer de mettre le doigt sur ce qui le tracasse, quitte à se faire aider par un tiers.

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