Cantonner le sport à une pratique purement physique est dépassé. Les neurosciences nous apprennent aujourd’hui qu’entre le mouvement de nos muscles et notre cerveau, il existe des connections vertueuses dont on aurait tort de se passer. Ces connaissances sont carrément en train de bousculer l’entraînement des athlètes de haut niveau, tellement au top physiquement qu’ils•elles n’ont plus que le mental comme marge de manœuvre pour performer encore plus.

Grâce aux techniques d’imagerie cérébrale, on sait aujourd’hui qu’un mouvement imaginé et répété mentalement active les mêmes zones dans le cerveau que le mouvement lui-même. C’est pourquoi les sportives et sportifs pratiquent la visualisation avant les compétitions. Ce qui leur assure de gagner et performer, c’est aussi l’automatisme de leurs gestes et la rapidité d’exécution, acquis à force de répétition des mêmes mouvements. Leur cerveau se modifie, ils et elles n’ont plus besoin de penser à courir, ils et elles courent.

L’impact de l’activité physique sur la santé cérébrale et cognitive

Étudié(e)s sous toutes les coutures par le monde scientifique, les athlètes font office de souris de laboratoire ; cependant, on ne peut appliquer aux sportives et sportifs du dimanche que nous sommes toutes les découvertes. “Ce sont des personnes génétiquement prédisposées”, estime Michel Audiffren, professeur et chercheur à l’université de Poitiers, spécialisé dans les neurosciences cognitives et l’impact de l’activité physique sur la santé cérébrale et cognitive, qui mène des études sur “monsieur et madame tout le monde”.

Si nous ne sommes pas toutes et tous profilé(e)s pour aligner les exploits, notre mental n’en est pas moins gagnant lorsque l’on fait régulièrement du sport. Instinctivement, ceux et celles qui ont l’habitude de courir, de pédaler ou de nager régulièrement le savent : bouger permet de se sentir mieux dans sa tête. La science nous explique aujourd’hui pourquoi et va même plus loin dans la liste des bénéfices. “On distingue deux types de bienfaits, explique le scientifique. Les effets aigus, qui surviennent juste après la pratique et durent peu de temps, et les effets chroniques, qui s’installent à force de régularité et modifient durablement le système nerveux. Le cerveau change. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale.”

Faire du sport stimule ainsi une protéine impliquée dans la pousse et la repousse des neurones, la neurogénèse. Par la richesse des stimulations environnementales qu’elle produit, l’activité physique augmente le nombre de connections dans le cerveau. Plus on pratique en plein air, en changeant de parcours, plus ces connections se créent. La répétition des mouvements renforce, elle, les synapses et la transmission des messages.

Nous sommes conçu(e)s pour bouger

Pour profiter des aspects positifs du sport (sur le mental mais aussi sur le cœur, les muscles…), encore faut-il pratiquer régulièrement, plusieurs fois par semaine. On suit les recommandations hebdomadaires de l’OMS : 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée (on transpire, on est essoufflé(e) mais on peut continuer à parler) ou 75 minutes d’endurance d’intensité soutenue.

Les études montrent que les meilleurs résultats sur le cerveau sont obtenus en associant une activité d’endurance (course, marche rapide, vélo, natation…), d’intensité modérée à intense, à du renforcement musculaire. “Nous avons tout intérêt à modifier notre vision du sport, estime Michel Audiffren. L’être humain est programmé pour faire de l’activité physique. Il y a des millénaires, elle était indispensable à sa survie. Or, aujourd’hui, nous avons peu évolué, nous sommes toujours conçu(e)s pour bouger.

Un organisme qui fonctionne normalement est un organisme qui fait de l’activité physique. Les problèmes arrivent avec la sédentarité. La société a un rôle à jouer pour faciliter la pratique du sport.” Et plus on pratique, moins on a du mal à se motiver. Un réflexe pour amorcer ce cercle vertueux ? Inscrire ses séances dans son agenda, au même niveau d’importance que ses réunions et obligations.

Qu’est-ce qu’on gagne à bouger plus ?

Et concrètement, qu’est-ce qu’on gagne à bouger plus ? 

  • Avoir un meilleur moral

C’est l’effet positif dit aigu le plus connu. Il est lié à la libération de certains neurotransmetteurs, substances produites par le cerveau, qui font effet de quelques minutes à quelques heures. Sont impliquées les fameuses endorphines, qui jouent un rôle avant tout antidouleur. “Plus encore, c’est la libération d’endocannabinoïdes (qui ciblent les mêmes récepteurs que le cannabis) qui participe à la sensation de bien-être, voire d’euphorie”, explique Michel Audiffren.

S’ajouterait à ces deux substances la chaleur produite lors de l’effort musculaire. “On parle d’hypothèse thermogénique, l’augmentation de la température corporelle provoquant une sensation de confort”, poursuit le scientifique. Moralité, un bon footing peut vous sauver une journée qui commence mal.

  • Lutter contre la dépression

C’est le cran nettement au-dessus de la bonne humeur. Une méta-analyse menée par des scientifiques en 2016* a conclu à l’intérêt certain d’inclure une pratique sportive, accompagnée par un(e) pro, dans la prise en charge de la dépression. Elle peut même s’avérer aussi efficace que certains traitements médicamenteux. L’une des pistes d’explication vient là aussi des neurotransmetteurs. “Les personnes dépressives ont un déficit en sérotonine, or l’activité physique augmente sa production”, souligne Michel Audiffren. Un effet Prozac, sans les inconvénients.

  • Mieux résister au stress chronique

Soumis au stress chronique, le corps est bombardé non-stop de cortisol, hormone qui, en excès, nuit à la santé, à la silhouette et au cerveau ; elle inhibe notamment la fabrication des neurones au niveau de l’hippocampe, zone impliquée dans la mémoire. Le stress provoque aussi un état inflammatoire, source de vieillissement prématuré.

L’activité physique régulière permet à la fois de réduire la libération du cortisol et de calmer l’inflammation chronique. Mais ça n’est pas tout. Le sport est assimilé lui aussi à un stress, mais un stress positif. “En faisant subir au corps ce bon stress, on l’entraîne à mieux supporter le mauvais”, résume Michel Audiffren. Plus on subit de pression, notamment au travail, plus on a intérêt à s’octroyer du temps à la salle de gym.

  • Réussir à mieux se concentrer

L’important dans la pratique n’est pas uniquement la régularité et le plaisir qu’on y trouve mais aussi l’effort qu’on y met. On stimule ainsi les zones du cerveau liées à l’effort et à la volonté et, à force de pratique, on les “muscle” en développant plus de connections. L’intérêt dépasse de loin la performance sportive. “On renforce ainsi ses capacités de concentration. La concentration est un effort mental, elle est reliée aux mêmes zones du cerveau”, explique Michel Audiffren, qui s’apprête à publier ses travaux sur le sujet dans Journal of Sport and Health Science

  • Entretenir sa mémoire

Plusieurs études, dont une américaine de 2011**, ont montré que l’exercice physique, type endurance, était associé à une augmentation du volume de l’hippocampe, signe que de nouveaux neurones ont été fabriqués.

Or cette partie du cerveau est directement impliquée dans la mémoire épisodique (formation de nouveaux souvenirs). Elle décline avec l’âge et elle est l’une des premières atteintes dans la maladie d’Alzheimer. Une étude menée en 2017 par des chercheur et chercheuses allemands** a cherché à comparer les disciplines sportives. Leur conclusion ? Si l’endurance augmente bien le volume de l’hippocampe, la danse touche encore plus de zones, notamment la région de l’hippocampe dédiée à la mémoire à court terme et à la relation à l’espace.

Pourquoi devient-on (ou pas) addict au sport ?

Peut-être faites-vous partie de ces sportifs sportives qui sortent courir une heure par tous les temps sous peine de vous sentir en manque. Ou peut-être aimeriez-vous posséder une assez haute dose d’addiction pour réussir à être régulier (régulière) dans votre pratique et tenir vos bonnes résolutions.

La différence entre ces deux attitudes pourrait bien être une question de biologie du système nerveux. En 2013, une équipe de chercheurs et chercheuses menée par Francis Chaouloff, directeur de recherche à l’Inserm, a en effet mis en évidence le rôle d’une protéine, récepteur cérébral des cannabinoïdes CB1, lors de l’activité physique***. Ce récepteur intervient dans les circuits de la récompense.

Son rôle serait plus impliqué dans la motivation que dans la performance elle-même. Une découverte qui appuie l’idée que pour se bouger et s’y tenir, il faut trouver une discipline que l’on a plaisir à pratiquer.

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*Exercise as a Treatment for De- pression: A Meta-Analysis Adjusting for Publication Bias, Journal of Psychiatry Research
**Exercise Training Increases Size of Hippocampus and Improves Memory?**Dancing or Fitness Sport? The Effects of Two Training Programs on Hippocampal Plasticity and Balance Abilities in Healthy Seniors, Frontiers in Human Neuroscience
***Ventral Tegmental Area Cannabinoid Type-1 Receptors Control Voluntary Exercise Performance, Biological Psychiatry Journal

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