À l’approche des Victoires de la musique, la chanteuse et compositrice a évoqué dans une lettre publiée sur le site de Mediapart, le jeudi 11 février, les abus dont elle aurait été victime de ses «15 à 17 ans». Portée par le mouvement MusicToo, elle a souhaité que «vérité et justice se fassent entendre».

«J’ai décidé de ne plus laisser régner la peur», a-t-elle débuté. Portée par l’élan MusicToo, un mouvement qui dénonce les violences sexuelles perpétrées au sein de l’industrie musicale, la chanteuse Pomme s’est exprimée dans une lettre ouverte publiée sur le site de Mediapart, le jeudi 11 février. «Je suis quelque part entre la colère, le repos, la révolte et le lâcher prise, a-t-elle déclaré, à la veille de la 36e cérémonie des Victoires de la musique. De là où je suis, j’ai décidé de dire les choses.» L’artiste de 24 ans a ainsi décrit son arrivée dans le monde de la musique comme «traumatisante». Celle dont la carrière a débuté il y a plus de huit ans, à l’âge de 16 ans, avait auparavant dénoncé les abus dont elle aurait été victime.

“J’ai été l’objet de quelqu’un”

«J’en ai déjà parlé il y a quelques années, mais à l’époque, je n’avais pas la place que j’occupe aujourd’hui, c’était plus facile, ça faisait moins de bruit, a-t-elle estimé. Je vais redire les choses. Que ça fasse plus de bruit aujourd’hui, tant mieux.» Pomme s’est ainsi déclarée victime d’un «système d’oppression dangereux». «De mes 15 à mes 17 ans, j’ai été manipulée, harcelée moralement et sexuellement, sans en avoir conscience à cette époque évidemment, a-t-elle affirmé. J’ai été l’objet de quelqu’un, façonnée selon ses fantasmes et déviances psychologiques.»

L’interprète de Ceux qui rêvent a révélé avoir été «manipulée» par un «adulte de 30 ans», et ce, alors qu’elle n’en avait que 16. La personne, dont elle ne cite pas le nom, l’aurait «sexualisée, rabaissée, contrôlée».

“J’étais enfermée dans une cage”

Aux prémices de sa carrière, la chanteuse aurait ainsi entendu des réflexions telles que : «Sois plus sexy, moins enfant», ou encore «J’aurais dû te baiser». «Alors, quand j’ai sorti mes premières chansons, autour de 2015-2016, j’étais encore piégée dans l’idée que j’étais coupable de cette situation, a-t-elle poursuivi. L’artiste des débuts que certain(e)s ont connu était enfermée dans une cage. Cage qui s’est un peu agrandie à la sortie d’un premier album, mais qui n’en restait pas moins une cage.» Pomme aurait ainsi mis «des années» à retrouver confiance en elle.

L’artiste affirme parler pour des milliers de personnes, précisant qu’elle n’était pas «un cas isolé». Elle a ainsi rappelé que le mouvement MusicToo avait recueilli «plus de 300 témoignages de harcèlement, agressions et viols, réalisés dans 98 % des cas par des hommes sur des femmes».

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Un processus “douloureux”

«Il y a donc un grand nombre d’hommes qui évoluent dans cette industrie en étant des harceleurs, des agresseurs, des violeurs», a insisté l’artiste. Avant d’ajouter : «Vous les acclamez. Vous consommez leur musique, je la consomme aussi sûrement, sans le savoir.» Elle a par ailleurs averti que ses collègues de l’industrie «produisaient, abreuvaient et comptaient parmi leurs amis» ces mêmes prédateurs. Pomme a par la suite détaillé les multiples raisons pour lesquelles les victimes ne portent pas plainte.

«Parce que la justice les acquitte, Mesdames et Messieurs, a-t-elle déclaré. Parce que porter plainte, être entendue est un processus extrêmement douloureux et laborieux, qui n’arrive que rarement à ses fins.» Et l’auteure de Soleil soleil de conclure : «Je marche les mains tendues vers toutes les personnes qui ont peur, quand elles tombent, quand elles souffrent, quand le courage les déserte (…) Ça suffit. C’est assez. Parlons-nous. Avec douceur ou avec hargne. Pour que la vérité et la justice se fassent entendre. Pour que les corps, les cœurs, les âmes de nos filles, de nos sœurs, de nos mères, ne soient plus piétinées.»

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