Depuis toujours, Marie Claire s’engage pour défendre le droit à l’avortement. Nous avons accompagné plusieurs victoires (le remboursement par la Sécurité sociale en 1982, l’IVG médicamenteuse pratiquée par les sages-femmes, l’allongement des délais…) mais aussi dénoncé les reculs de ce droit, les inégalités territoriales, sociales, économiques dans son accès, les pressions des anti-choix et les refus des médecins réfugiés derrière leur clause de conscience.

Le 8 octobre dernier, l’Assemblée nationale s’est prononcée en faveur de L’article 1 d’une proposition de loi visant à allonger le délai légal d’accès à l’interruption volontaire de grossesse, qui passerait de 12 à 14 semaines de grossesse (soit 16 semaines d’aménorrhée). Une nouvelle avancée, mais rien n’est encore gagné. Cette proposition de loi, à laquelle s’oppose notamment l’Académie de médecine, doit encore être votée par le Sénat. 

Dans cette attente, Olivier Véran, ministre de la Santé, a saisi le Conseil consultatif national d’éthique au motif que cet allongement “a conduit de très nombreux professionnels, parmi les plus engagés dans l’accès à l’IVG, à en souligner le caractère délicat, en mettant en avant la protection de la santé de la femme ainsi que la complexité du geste technique à accomplir”, détaille la lettre de saisine envoyée au CCNE. 

Si certains soignants s’opposent effectivement à cette pratique en ces délais, d’autres affirment aujourd’hui haut et fort leur engagement pour les femmes en co-signant le Manifeste des médecins et sages-femmes pratiquant des IVG en faveur de l’allongement du délai que Marie Claire relaye aujourd’hui. 

Initié fin octobre par le Dr Nathalie Trignol-Viguier, PH référente du Centre d’Orthogénie du CHU Bretonneau à Tours et coprésidente de L’Association nationale des centres d’avortement et de contraception (ANCIC), le texte a déjà recueilli 493 signatures parmi lesquelles celles de médecins, sages-femmes et infirmières favorables à la pratique d’une IVG à 14 semaines, et prêts à s’y former.

Manifeste des médecins et sages-femmes pratiquant des IVG en faveur de l’allongement du délai

“À l’instar des 331 médecins qui en 1973, ont revendiqué avoir pratiqué des avortements, malgré l’interdiction de la Loi française, mais en faveur de la liberté d’avorter pour les femmes, nous souhaitons en 2020 exprimer que :

Nous, professionnel.le.s impliqué.e.s dans la prise en charge des femmes en demande d’Interruption Volontaire de Grossesse recevons chaque année des femmes souhaitant avoir accès à une IVG au-delà de 12 semaines de grossesse. Elles sont environ 2000 à traverser nos frontières chaque année, pour aller avorter là où les lois le permettent. Seules celles qui en ont les moyens y arrivent, alors que ces demandes concernent des femmes de toutes conditions sociales, qui avorteront quelles que soient les solutions qu’elles pourront trouver, y compris parfois au péril de leur vie.

L’allongement du délai pour réaliser une IVG répond à un besoin de santé publique. Notre rôle de professionnel.le.s de santé est de nous donner les moyens d’y répondre et nous serons au rendez-vous quand la loi votée par les député.e.s sera définitivement adoptée.

Ces demandes concernent des femmes de toutes conditions sociales, qui avorteront quelles que soient les solutions qu’elles pourront trouver, y compris parfois au péril de leur vie.

Nous savons que l’ensemble de la profession médicale et certains de ses représentants n’y sont pas favorables, le Conseil de l’Ordre des médecins était déjà opposé à la Loi Veil de 1975 et le Collège de gynécologie ne soutenait pas explicitement l’allongement des délais de l’IVG en 2001. Mais il faut cesser de faire croire que la question ne repose que sur l’acceptation du monde médical. La réalité est que la médecine saura répondre et le sait déjà. La question appartient à la société.

La littérature scientifique est abondante et rassurante : les méthodes instrumentales et médicales modernes pour les avortements jusqu’à 14 semaines de grossesse, terme limite que le projet de Loi propose, sont toutes deux sûres et efficaces, lorsqu’elles sont pratiquées par des soignants formés, expérimentés et empathiques. Les médecins hollandais, espagnols et britanniques ont acquis la pratique des IVG à des termes supérieurs à 12 semaines de grossesse. Nous saurons faire comme eux.

L’interruption de grossesse existe déjà en France au-delà de 12 semaines, dans le cadre des fausses couches tardives, des morts foetales in utero et des Interruptions Médicales de Grossesse, dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Nous nous formerons à réaliser des IVG jusqu’à 14 semaines de grossesse.

Les médecins hollandais, espagnols et britanniques ont acquis la pratique des IVG à des termes supérieurs à 12 semaines de grossesse. Nous saurons faire comme eux.

Les sages-femmes prennent quotidiennement en charge les interruptions de grossesse pour raison médicale sans limite de terme. Elles ont l’expérience et la compétence, tant dans l’accompagnement que dans la réalisation. Elles sont aguerries aux gestes endo-utérins. Elles sauront se former aux IVG instrumentales, comme les médecins généralistes qui en réalisent quotidiennement dans nos hôpitaux, bien que cette technique ne leur ait pas été enseignée au cours de leur formation initiale.

Nous mettrons nos compétences au service de nos concitoyennes et serons en nombre suffisant pour répondre aux demandes des femmes à disposer librement de leur corps.”

Vous êtes soignant et souhaitez vous aussi signer la pétition ? Cliquez sur ce lien.

Parmi les signataires

Dr Nathalie Trignol-Viguier, PH référente du Centre d’Orthogénie du CHU Bretonneau, coprésidente de l’ANCIC, Tours

Dr Emmanuelle Lhomme, Hôpital Cochin Port-Royal, responsable médicale du Centre d’IVG, membre du CA et ancienne coprésidente de l’ANCIC, Paris

Pr Hervé Fernandez, chef de service Gynécologie-Obstétrique, CHU Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre

Mme Chantal Birman sage-Femme, membre du bureau de l’ANCIC et coprésidente de l’ANSFO, Bagnolet

Dr Sophie Gaudu, responsable du centre d’Orthogénie de l’hôpital Bicêtre et responsable du DIU d’Orthogénie, le Kremlin-Bicêtre et Paris

Dr Philippe Faucher, responsable du centre d’IVG de l’hôpital Trousseau, Paris

Dr Danielle Hassoun, gynécologue obstétricienne, Paris

Dr Ghada Hatem, médecin cheffe de la Maison des Femmes, Saint Denis

Dr Laurence Wittke, coordinatrice médicale Planning Familial du Loiret , membre du Bureau de l’ANCIC, Orléans

Dr Laura Marin Marin, responsable médicale des centres d’Orthogénie de l’hôpital Européen Georges Pompidou et de Corentin Celton, membre du bureau de l’ANCIC, Issy-les-Moulineaux et Paris

Mme Delphine Giraud, sage-femme, coprésidente de l’ANSFO, Paris

Mme Claire Wolker-Jarfaut sage-femme hôpital Simone Veil de Troyes, coprésidente de l’ANSFO

Dr Marie Sicot, PH responsable du centre d’Orthogénie du CHU Grenoble Alpes, membre du CA de l’ANCIC

Dr Sylvie Epelbouin, gynécologue- obstétricienne, responsable de l’unité d’AMP, hôpital Bichat, Paris

Dr Solène Vigoureux, gynécologue-obstétricienne, CHU Maternité Bicêtre, le Kremlin Bicêtre

Dr Sylvie Denoël, PH, CPEF CIVG Vannes-Auray, membre du CA de l’ANCIC

Dr Mélanie Horoks, responsable du centre d’IVG de la Maison des Femmes de St Denis

Dr Teddy Linet, chef de service de Gynécologie-Obstétrique, Centre hospitalier de Saint-Nazaire

Dr Emmanuelle Piet, présidente du collectif féministe contre le viol (CFCV)

Dr Maud Gelly, médecin du centre d’IVG de l’hôpital Avicenne, Bobigny

Dr Laura Berlingo, gynécologue-obstétricienne, hôpital de la Pitié Salpêtrière, Paris

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