INTERVIEW – Jeudi 5 novembre 2020, TF1 diffuse le final de la 18e saison de la série Alice Nevers, le juge est une femme. Pour l’occasion, l’actrice principale, Marine Delterme, s’est confiée à Femme Actuelle.

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Sur TF1, le juge est une femme et elle s’appelle Alice Nevers. Un personnage fort et ambitieux, à l’image de celle qui l’interprète, la comédienne Marine Delterme. A 50 ans, l’ancienne mannequin est devenu une figure phare de la Une, portée par ce programme aux audiences toujours au rendez-vous en 2020 (5,4 millions de téléspectateurs ont suivi le lancement de la nouvelle saison jeudi 22 octobre 2020). Entre les téléspectateurs et Alice Nevers, c’est donc une histoire d’amour qui dure depuis 18 ans. À l’occasion de la diffusion du final de la saison 18, jeudi 5 novembre 2020, Marine Delterme a accordé une interview à Femme Actuelle. Série, vie de famille, projets… La comédienne se confie.

Femme Actuelle : Comment allez-vous ?
Marine Delterme :
Ça va. Je suis confinée sérieusement depuis très longtemps, je fais très attention, y compris cet été, car je ne voulais pas que l’on rate le tournage. Je ne suis pas allée au restaurant depuis six mois ! Je suis très disciplinée.

Cela fait 18 ans que vous interprétez le rôle d’Alice Nevers… Il s’agit même de la plus longue série policière de TF1 ! Quel est votre sentiment aujourd’hui ?
M.D. :
Je suis très heureuse d’avoir pu tourner cet été et d’avoir pu faire le final, alors que nous avions dû arrêter à cause du Covid. Nous offrons jeudi une intrigue policière très forte. Nous sommes à Noirmoutiers dans un endroit magnifique, c’est un double épisode exceptionnel avec de la nature, du soleil… L’épisode se termine avec une décision assez forte de la part d’Alice. Du côté de ceux qui produisent et écrivent, on se demande ce que l’on veut. En 18 ans, nous avons évolué mais ce qu’il se passe aujourd’hui nous pousse à nous interroger. Pour la suite, c’est l’audimat qui décide. Nous avons arrêté l’écriture avec le Covid, mais le succès est toujours au rendez-vous, donc nous attendons. Nous nous posons les mêmes interrogations qu’à chaque fin de saison, tout est ouvert et à questionner.

Qu’avez-vous appris du personnage d’Alice Nevers ?
M.D. :
Alice m’a aussi appris à savoir dire “non” sans s’excuser, à imposer des choses qui semblent justes avec force et conviction… Cela ne veut pas dire que je suis agressive, mais disons que je sais ce que je veux. La fiction a évolué, l’époque a évolué, les temps ont changé… Les premiers épisodes, en 2002, c’était la préhistoire ! (rires). Avant, j’étais une comédienne qui attendait d’être aimée, qui attendait le désir des autres. Cela m’a appris à m’élever au-dessus de ma condition de comédienne, à participer à l’écriture, voir comment fonctionne une série… C’est le privilège que l’on a lorsque l’on est reine dans son royaume, que l’on est le fil rouge.

A l’époque, proposer une série intitulée “Le juge est une femme” était une démarche engagée. Vous considérez-vous féministe ?
M.D. :
Bien sûr que je suis engagée et bien sûr que je suis féministe ! Je fais partie d’une génération un peu endormie, j’avais l’impression que les acquis étaient là. Moi, j’avais le sentiment d’arriver derrière des femmes qui avaient fait tout le boulot mais il y a une nouvelle génération de femmes qui m’amènent à repenser ma position. Je sentais qu’il y avait beaucoup de choses à changer, mais ce que je croyais acquis ne l’est qu’à moitié. Pas seulement au sujet des femmes, d’ailleurs, mais aussi des enfants, par exemple. Mais il ne faut pas le faire en détestant les hommes.

Avez-vous dû faire face à des propos ou des comportements déplacés ?
M.D. :
Bien sûr, depuis l’enfance ! Heureusement, j’ai toujours su quoi répondre, on m’a donné les armes pour. Mais je pense à toutes les femmes qui n’ont pas la possibilité de le faire. Il faut faire avancer les choses de manière plus stricte. J’ai aussi été agressée par des femmes, d’ailleurs, notamment dans le travail, où il y a pu avoir des comportements qui n’étaient pas dans le respect de l’autre. Il n’y a pas que les hommes qui peuvent mal se comporter.

“J’ai la chance d’avoir un mari qui est beaucoup à la maison”

Vous avez récemment déclaré dans une interview à Télé 7 Jours : “À la fin de la saison, Alice songe sérieusement à changer de vie pour profiter des siens…” Souhaitez-vous, comme Alice, profitez de votre famille ?
M.D. :
Je profite déjà beaucoup des miens ! Lorsque l’on est comédien, on a la chance d’avoir des périodes très intenses et des périodes où on a du temps, donc j’ai toujours profité de mes enfants. J’ai aussi la chance d’avoir un mari qui est beaucoup à la maison. Néanmoins, ce que l’on vit, entre la violence politique et sanitaire, cela bouleverse beaucoup de fondamentaux. Où on va aller ? Je ne sais pas. Ces trois dernières années ont été déstabilisantes, avec des avancées et des reculs. Je parle aussi aux Gilets Jaunes, à toute cette partie de la France qui demande de l’aide… Nous vivons des temps très difficiles.

Votre famille regarde-t-elle la série ?
M.D. :
Oui, ils regardent avec moi et me font des retours ! Parfois, je suis très étonnée. Mon mari me dit que je n’ai pas un regard très lucide (rires). J’aime ce moment passé ensemble. J’aime aussi avoir le retour de mes parents. Ils regardent chaque épisode de la série pour suivre mon travail ! Il y a aussi un lien très fort, quelque chose de très joli qui s’est noué avec les femmes qui regardent la série. Les téléspectatrices aiment suivre le trajet de cette héroïne, son travail, ses amours… Cette saison, on parle du retour d’un père borderline, de l’angoisse de laisser son fils en garde partagée, c’est une sorte de Kramer contre Kramer modernisée avec une famille recomposée… Nous sommes face aux angoisses d’une femme et cela parle à toutes les femmes.

Vos enfants sont déjà venus sur le tournage de la série… Savent-ils ce qu’ils veulent faire comme métier ?
M.D. :
Mon fils Gabriel, l’aîné, peut être intéressé par la comédie, mais il est très littéraire. En tout cas, je leur ai appris à ne pas se concentrer seulement sur une chose. Moi, j’ai changé de vie plusieurs fois. J’ai beaucoup changé de métier, je sais qu’il faut être souple et ne jamais s’arrêter à un seul rêve. La vie est courte, il faut essayer de cultiver tout ce que l’on peut de soi-même, sinon on le regrette.

Vincent Perez est le parrain de votre fils Gabriel… A-t-il eu une influence dans ses choix ?
M.D. :
Oui ! Vincent Perez est un homme merveilleux, profondément bon, positif et généreux. C’est un parrain extraordinaire, surtout pour un jeune garçon : il a interprété le rôle de Cyrano de Bergerac par exemple. C’est un joli modèle romanesque, un très chouette parrain.

Votre mari Florian Zeller est écrivain et réalisateur. Aimeriez-vous travailler davantage avec lui ?
M.D. :
Florian suit sa route internationale. Nous avons toujours du plaisir à travailler sur mes projets ensemble mais il n’a pas une carrière franco-française, donc cela change la donne. En ce moment, je me concentre sur la réalisation, c’est vraiment mon grand rêve. Mais la sculpture, on peut la faire longtemps ! J’espère la retrouver.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
M.D. :
J’espère seulement que l’on va rester unis dans un pays uni, en dehors de mon propre destin narcissique et égoïste. Je vois bien à quel point les gens souffrent. Du côté de la fiction, c’est très compliqué pour les producteurs et les directeurs de chaînes. Est-ce que les gens ont besoin de programmes légers ? Au début du confinement, on s’est posé la question des masques. Faut-il les ajouter à l’intrigue ? Et puis il y a ces gens qui ne veulent pas porter de masque ! Peut-être qu’il y aura un sujet là-dessus, ou sur les gestes barrière… Quoi qu’il arrive, nous allons rester liés à l’actualité, c’est notre marque de fabrique.

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