Dans La Terre des hommes, elle incarne une jeune éleveuse qui, après avoir été violée par un puissant exploitant, se bat pour sa survie et celle de sa ferme. Rencontre avec une actrice sensible et inspirée.

Madame Figaro. – Quel a été le déclic pour dire oui à Naël Marandin  ?
Diane Rouxel. – L’angle sous lequel le viol est abordé, la façon dont il est filmé. L’agresseur de Constance, mon personnage, n’a pas à utiliser la force pour la contraindre : son statut hiérarchique suffit à la faire taire, et il le sait. Comme elle ne dit pas non, il prétend qu’elle est d’accord et en profite. Or, ne pas crier, ne pas frapper, n’est pas consentir et ne minimise en rien le traumatisme.

C’est d’autant plus difficile pour elle de le dénoncer qu’elle est seule dans un monde d’hommes  ?
Totalement. Je trouvais d’ailleurs intéressant que Naël fasse de Constance une jeune femme déterminée qui évolue avec assurance dans ce milieu testostéroné. Son tempérament donne à croire qu’elle parlerait après une agression, mais la peur l’en empêche. Elle craint que cela ne soit fatal à son exploitation.

En vidéo, “La Terre des hommes”, la bande-annonce

Le film dessine en effet, en arrière-plan, les difficultés du monde paysan…
Le contexte a un impact direct sur la façon dont elle réagit à son agression. Sa précarité sociale, qui est celle que connaissent de nombreux agriculteurs, la pousse au silence : son agresseur a droit de vie ou de mort sur sa ferme. Le microcosme agricole est finalement à l’image de la société tout entière.

Vous êtes-vous immergée dans le milieu paysan avant le tournage  ?
Avec Finnegan Oldfield, qui interprète mon fiancé, nous sommes allés quelques jours chez des amis éleveurs du réalisateur pour nous habituer au contact avec les vaches, ne pas avoir peur, qu’elles n’aient pas peur de nous… M’imprégner d’une ambiance et des sensations physiques d’un milieu m’aide à trouver mon personnage. J’ai une approche sensorielle des rôles.

Comment choisissez-vous vos films  ?
C’est un ensemble de choses, mais les problématiques abordées, comme le viol ici, peuvent être de vrais déclencheurs. J’aime aussi naviguer dans des univers qui me sont étrangers. Récemment, pour un téléfilm de France 2 de Philippe Claudel (Le Bruit des trousseaux, NDLR), j’ai joué une taularde qui prend des cours avec un prof de français en prison. Et pour Le Soleil de trop près, le premier film de Brieuc Carnaille, où j’incarne la fiancée d’un schizophrène, j’en ai plus appris sur cette maladie. Mon métier incite à la curiosité et permet toujours de découvrir, de s’ouvrir aux autres, de rester en alerte.

La Terre des hommes, de Naël Marandin, avec Diane Rouxel, Jalil Lespert, Finnegan Oldfield, Olivier Gourmet.

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