Rencontre avec l’équipe artistique de “La Dernière Vague”, à l’occasion du festival Séries Mania 2019. Comment la série fantastique de France 2 a-t-elle été élaborée ?

On est partis d’une menace climatique qui existe“, explique la productrice de la série, Stéphanie Carrère. “Il suffit d’allumer la télé à 20h pour voir que la nature nous parle de temps en temps. C’est ce qu’on a voulu créer avec la communauté de Brizan : comment vivre ensemble tout en préservant son territoire ? Ce nuage, nous l’avons inventé mais peut-être que demain ce sera une réalité.” Un choix d’ancrer le récit dans les Landes pour incarner une communauté proche de la mer, dans une région particulièrement exposée aux dérèglements climatiques à venir. “A l’origine, les landes étaient des marais“, explique le comédien Arnaud Binard. “Tout un imaginaire folklorique, mythologique et païen y est associé, en rapport avec la nature justement.

Trois ans de développement ont été nécessaires au scénario de La Dernière Vague. La résolution autour du nuage s’est élaborée au fil du temps : jusqu’où aller dans le fantastique ? Comment garder l’équilibre entre les différents genres ? “C’est compliqué de coller une étiquette à la série; elle est à la croisée des genres entre le fantastique et l’anticipation, mais s’inscrit surtout l’intime” pour Raphaëlle Roudaut, scénariste. Pour son réalisateur, Rodolphe Tissot (Ainsi soient-ils), la série peut être qualifiée de “high-concept“, à savoir un contexte complètement surnaturel auquel des personnages sont confrontés qui bouleverse leur quotidien. “C’est “The Leftovers” : comment les personnages vont vivre avec ça, comment cela va les faire changer, évoluer…” 

Pour les comédiens, cette croisée des genres n’a pas eu d’impact sur la manière d’appréhender leurs personnages. Arnaud Binard insiste sur la “dimension d’enquête personnelle” menée par David, son personnage et celui de Ben, interprété par David Kammenos. “France 2 a assumé cette envie de faire du high-concept, et c’est très intéressant d’oser le faire aujourd’hui en France. Rodolphe Tissot a accordé beaucoup de soin à développer les personnages dans leur intime, dans leur psychologie. Tous essaient de résoudre leurs propres énigmes, et le nuage est une espèce de métaphore qui induit de grands bouleversements.

David Kammenos, lui, a plus vécu la série comme un “conte” plutôt qu’une enquête. “Comment on injecte du quotidien à l’intérieur de cette étrangeté du conte du point de vue de l’acteur c’était intéressant.” Pour Marie Dompnier, l’interprète de Lena, la richesse des personnages tient au fait qu’ils ont quelque chose d’étrange en chacun d’eux. “C’est un appui de jeu formidable pour un acteur, ça ouvre l’imaginaire !

Sur l’origine du phénomène climatique qui bouleverse la ville de Brizan, la scénariste demeure énigmatique : “on a besoin de laisser le spectateur se projeter et imaginer des choses. C’est le principe de la série fantastique de ne pas tout expliquer, et laisser libre cours à l’imaginaire.” 

Le dosage est toujours délicat à trouver”, concède Rodolphe Tissot. “On se pose forcément des questions sur l’origine du nuage, on a envie d’y répondre, mais si on passe notre temps à essayer de le faire, quelque chose ne fonctionne pas… Sur Lost, il y a eu beaucoup de déçus à la fin, et je trouve que Leftovers s’en est très bien tiré à ce niveau-là, avec une conclusion sublime. J’ai l’impression qu’on a réussi à tenir ce bon dosage pour que le spectateur ne se sente pas floué, car c’est avant tout une série de personnages, et on a pas besoin de répondre à toutes les questions soulevées.” La productrice renchérit : “c’est la force des séries que de perdre le spectateur, et dans La Dernière vague on ne sait jamais à l’avance ce qui va se passer. C’est aussi le voyage qui compte, et c’est un plaisir de se faire balader dans les séries !

Retrouvez les derniers épisodes de La Dernière Vague lundi 4 novembre à 21h sur France 2 :

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