Elle est devenue la deuxième femme à remporter l’Oscar de la Meilleure Réalisation, et sera à la barre du prochain Marvel. Mais qui est Chloé Zhao ? Portrait de ce qui est arrivé de mieux au cinéma américain récemment.

La 93e cérémonie des Oscars a été historique à plus d’un titre. En raison de la situation déjà, qui a obligé cette célébration du cinéma à s’adapter à la pandémie. Mais aussi par un palmarès remarquable par sa diversité, se plaçant à nouveau dans le sens de l’Histoire après le succès du coréen Parasite l’année dernière. Le plébiscité Nomadland a remporté 3 Oscars, dont la statuette de la Meilleure Réalisation, revenue à Chloé Zhao. La cinéaste est ainsi devenue – seulement – la 2e femme à remporter cette récompense, après Kathryn Bigelow en 2010 pour le film Démineurs. Celle qui est aujourd’hui au firmament du cinéma américain, apparaît pourtant comme une anticonformiste, et était inconnue il y a encore 6 ans.

Chloé Zhao apparaît comme l’exemple parfait d’un “rêve américain” ouvert à tous les profils, même les plus atypiques. Car rien dans son parcours ne présageait qu’elle soit aujourd’hui l’un des talents les plus prisés d’Hollywood. Née en 1982 à Pékin, de son vrai nom Zhào Thing, elle a grandi en pleine Chine communiste, fascinée par la culture occidentale et les films hollywoodiens qui parvenaient à se frayer un chemin jusqu’à elle. Attirée comme un aimant par ce monde extérieur, elle quitte son pays à l’âge de 16 ans pour faire ses études en Grande-Bretagne, avant de partir aux États-Unis, où elle finira par s’installer.

Cet exil volontaire lui ouvre les yeux, et lui permet de redécouvrir son pays natal, et la vérité sur l’Histoire chinoise. Un traumatisme et une quête de vérité qui va dès lors teinter tout son cinéma, et qui sera l’impulsion de tous ces projets, comme elle l’explique au magazine Filmmaker en 2013 : “Cela remonte à mon adolescence en Chine, un endroit où il y avait des mensonges partout. Vous aviez cette impression de ne jamais pouvoir en sortir. Beaucoup de choses que j’ai apprises quand j’étais jeune n’étaient pas vraies, et je me suis rebellée envers ma famille et mes origines. Je suis partie en Angleterre et j’ai réappris totalement mon histoire. Étudier les sciences politiques à l’université a été un moyen pour moi de réapprendre ce qui était vrai.”



Cette recherche d’authenticité se retrouve dans son premier long-métrage sorti en 2015 – Les Chansons que mes frères m’ont apprises – qui suit la jeunesse désœuvrée d’une réserve indienne du Dakota du Sud. C’est aussi ce film qui la place sur la carte des réalisateurs indépendants à suivre. Un statut qu’elle confirme 2 ans plus tard avec The Rider, notamment lauréat du Grand Prix du Festival de Deauville. De nouveau, Chloé Zhao s’attarde à montrer des communautés marginales en désarroi, au cœur d’une Amérique post-crise des subprimes. Elle filme ces derniers cow-boys avec cet œil unique d’immigrée, empli à la fois de fantasme et de mélancolie.



The Rider la fait changer de dimension, et lui fait rencontrer l’actrice Frances McDormand (Fargo, 3 Billboards) qui lui propose d’adapter le livre Nomadland de Jessica Bruder. Tourné à travers tout le territoire étasunien, le film emprunte la poésie des romans de Jack Kerouac et révèle une facette inédite d’un pays pourtant vu mille fois, et de ceux qui vivent dans ses plis. La réalisatrice avait revisité l’univers du western dans ses deux premiers films. Ici, elle continue à réimaginer la mythologie du cinéma américain en donnant une nouvelle dimension au road-movie. Et ça fonctionne : le film est le coup de cœur de 2020, avec plus de 216 prix remportés dans le monde.

Et la cinéaste ne s’arrête pas là. Elle a été choisie par les studios Marvel pour réaliser le plus ambitieux de leurs prochains blockbusters : Eternals. Un film pour lequel elle aurait eu une liberté inédite, en tournant notamment beaucoup plus en décors naturels que les autres productions du studio. Interrogée, Chloé Zhao affirme que Marvel a vraiment pris un risque, et qu‘Eternals va “beaucoup surprendre”. Prévu pour le 3 novembre prochain dans les salles françaises, le film ravi déjà par son casting 5 étoiles composé de Richard Madden, Angelina Jolie, Salma Hayek, ou encore Kit Harrington ! Après ses westerns désenchantés et son road-movie social, Zhao continue donc sa réinvention de l’imaginaire cinématographique avec un film de super-héros.



Au final, le profil particulier de Chloé Zhao est sans aucun doute sa plus grande force, dans une industrie qui a un besoin urgent et vital de se diversifier dans tous les secteurs : d’après une étude réalisée par la firme McKinsey & Company, Hollywood perdrait 10 milliards de dollars par an en raison de son manque de diversité. Les studios semblent l’avoir bien compris, puisqu’après Marvel – déjà responsable du succès de Black Panther (1,3 milliard de dollars au box-office mondial) – c’est au tour d’Universal de confier au regard de Zhao un remake de Dracula, qui serait dans le style d’un western de science-fiction. Intriguant. En tout cas, on espère que si vous la découvrez avec ces gros projets, ça vous donnera envie de dévorer le reste de sa – passionnante – filmographie !

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