Le réalisateur américain Jonathan Nossiter a présenté dimanche à Deauville devant un millier de spectateurs masqués Last Words, l’histoire de la fin de l’humanité décimée par un virus sur une terre où les contacts physiques et la nature ont presque disparu.

Cette “fiction est peut-être un documentaire d’anticipation. J’espère que non”, a expliqué lors d’une table ronde l’auteur de Mondovino, sélectionné comme Last Words à Cannes mais en 2005. Et le cinéaste d’appeler à une “résistance joyeuse” à l’intoxication du monde, selon lui, par les multinationales en devenant comme lui maraicher. Comme tous les intervenants, le cinéaste s’exprimait sans masque devant un “micro avec capote”.

Son film en compétition à Deauville est “un hommage à la vie”“la culture et l’agriculture sont à l’origine des derniers rires de l’humanité”, a ajouté l’universitaire Gilles-Eric Séralini. Une de ses études sur les OGM en 2012 avait fait polémique. Pour le cinéaste américano-brésilien, le chercheur qui a été neuf ans à la commission du génie moléculaire en France a “subi des choses très sérieuses de la part de l’industrie agroalimentaire”.

La terre n’est plus qu’un immense désert

Interprété notamment par Charlotte Rampling et Nick Nolte, Last words, qui sortira en salles le 21 octobre, plonge le spectateur en 2085 dans un monde constitué de champs de ruines dispersés sur une terre qui n’est plus qu’un immense désert. Le héros, un jeune homme noir qui ne connaît pas son prénom, tombe sur des pellicules de la Cineteca de Bologne dans les éboulis de Paris. Il part pour la ville italienne avec la volonté de comprendre l’origine de ces morceaux de celluloïd qui intriguaient tant le seul être cher qui lui restait. Sur son chemin, un panneau rouillé indique “quarantaine épidémique virale”.

“Pour les extérieurs, on a tourné de Casablanca au Sahara. Ce n’est pas un fantasme. On sait très bien qu’à Deauville, ce sera comme à Tanger dans peut-être trente ans”, précise le réalisateur. Dans cet environnement angoissant, où toute végétation semble avoir disparu, l’espoir, la vie renaissent dans les ruines de Bologne. Confiné dans les caves des studios, un vieil homme fait découvrir, sur un projecteur à pédales, le cinéma au héros aussi ébahi que ses ancêtres du XIXe siècle. L’ex-cinéaste aussi jubile car “il a toujours été mieux de regarder des films avec des inconnus”.

Ensemble, ils partent pour Athènes, où la rumeur dit que de l’herbe a repoussé. Là ils trouvent quelques centaines de survivants qui ont oublié ce qu’étaient les rapports entre humains.

Réapprendre à se nourrir soi-même

La mer est marron, les plantes toxiques. “Un tiers des terres arables a déjà été détruit” ces dernières décennies, a souligné Philippe Desbrosses, scientifique et co-fondateur des mouvements A.B. (agriculture biologique) France et Europe.

Au fil des séances organisées par le héros, chacun redécouvre la tendresse, le contact avec l’autre comme avec la terre, le rire, puis le sexe, et avec le premier poisson aperçu depuis des décennies, le “plaisir de manger autre chose que des canettes” de poudre. Mais le virus continue à tuer. Les derniers hommes toussent. Dans la salle de projection de Deauville des quintes leur font écho.

“Les masques sont pour moi quelque chose de très choquant”, a confié le cinéaste polyglotte dans un français parfait lors de la table ronde avant d’exposer les dégradés de rouges et d’orange des tomates qu’il produit avec un collègue en Italie. Pour eux, l’urgence est de réapprendre à se nourrir soi-même.

“Les cinéastes ont une tendance à une espèce d’autopitié énorme. Mais faire un film, ce n’est rien par rapport à l’engagement”, le travail “avec la terre”, estime Jonathan Nossiter. Mais “comme le choix d’aller voir un film, l’acte de manger est un acte politique, de collaboration ou de résistance”, conclut-il.

Le palmarès doit être annoncé samedi.

Source: Lire L’Article Complet