Il y a deux scènes de masturbation dans Une histoire d’amour et de désir, en salle le 1er septembre. La première s’organise autour d’un écran d’iPhone où défile une banale vidéo YouPorn, et semble captée à l’insu du héros dans un plan statique. La seconde est déclenchée par la lecture d’un poème érotique en arabe, source d’extase chez le même jeune homme – la scène la plus sensuelle du film.

Apprendre à aimer, cheminer coûte que coûte vers son désir, malgré le poids de la culpabilité et des interdits (culturels, religieux), entraves aussi diffuses et inconscientes que toxiques, voici ce que serait le trajet de ce premier film – découvert à la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes –, au titre si habité. Et si bien inspiré. Car il n’est pas si facile de consentir à son éros. De l’écouter et de le laisser prendre les rênes de nos vies.

Ahmed, 18 ans, est violemment attiré par Farah, et leur flirt s’échappe bien vite des amphis de la Sorbonne où tous deux étudient la littérature. Elle, Tunisienne fraîchement débarquée en France, est libre, sensuelle et dégourdie. Lui, Français d’origine algérienne, porte une gravité qui tient sans doute à l’histoire de ses parents réfugiés.

Deux rapports à l’immigration, à la culture, à Paris ; et au désir surtout.

Des millennials à la renverse

D’attirance en rejet, de complicités en tensions, Une histoire d’amour et de désir dessine un récit d’apprentissage intellectuel et sexuel dans la pure tradition du genre en y imprimant sa singularité, ses lignes de force et ses visages (Sami Outalbali et Zbeida Bel-hajamor, tous deux renversants de charme).

Deux jeunes gens s’initient à l’amour par la poésie. Si ce résumé peut sembler au premier abord un brin anachronique, rien pourtant n’est affecté dans ce deuxième long métrage de Leyla Bouzid.

La réalisatrice de 37 ans déconstruit l’image du mâle dominant pour décrire avec grâce les errements de jeunes cœurs, refusant de les enfermer dans des clichés sur les millénials. Son regard est doux, direct, à la bonne distance, d’un naturalisme précis et sans fanfare. Et on aime beaucoup.

(*) Une histoire d’amour et de désir, de Leyla Bouzid, avec Sami Outalbali, Zbeida Belhajamor.

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