Le confinement a donné lieu à de formidables histoires d’amour, d’amitié ou de solidarité. Témoignages de ceux qui nous ont fait du bien en ces temps difficiles…

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La situation était paradoxale. “A peine sortis des très longues grèves de l’hiver et avec l’émergence de la puissante énergie du printemps, alors que nous souhaitions nous lancer irrésistiblement dans de nouvelles activités, notamment à l’extérieur, ou initier de nouveaux projets, nous nous sommes retrouvés privés de libertés, inquiétés, et soumis à une surcharge affective particulièrement intense”, rapporte Saverio Tomasella, docteur en psychologie (1). Pourtant, aussi compliquée fut-elle à vivre, cette période a été parfois l’occasion de prises de conscience bénéfiques : ne plus seulement penser à soi, sortir du “métro-boulot-dodo“… “ La crise a permis à certaines personnes d’oublier le “chacun pour soi“ et la frénésie pour déployer leur créativité, leurs désirs et leur énergie vitale. Elles ont trouvé en elles des ressources inattendues pour se montrer généreuses, se surprendre et montrer le meilleur d’elles-mêmes !

(1) co-auteure avec la psychologue Charlotte Wills de “La charge affective” (Larousse)

“Je suis tombée passionnément amoureuse”

Cerise, 24 ans, éducatrice spécialisée à Paris

“J’ai rencontré Tanguy fin février, chez des copains. Deux semaines plus tard, nous partions nous confiner avec son petit frère de 16 ans, dans la résidence secondaire de ses parents en Bourgogne. Ayant une terrasse à Paris, ces derniers ne ressentaient pas la nécessité de se confiner au vert. C’était un peu rapide, je le reconnais, mais la perspective de rester enfermée dans mon studio de 20 m2 à Paris sans pouvoir aller à ma salle de sport me terrifiait bien plus que de faire toit commun avec un garçon avec lequel j’avais un bon feeling. La propriété était suffisamment grande pour que nous ne nous marchions pas sur les pieds ! Et c’était l’occasion de nous connaître vraiment. Ce que nous avons vécu ensemble nous a scotchés. Une vraie lune de miel. Pour autant, nous n’avons pas passé tout le confinement les yeux dans les yeux. Nous avons retapé la maison, créé un potager, monté une piscine hors sol, passé des heures en cuisine. Nous nous sommes aussi beaucoup occupé de Zadig, un gamin très anxieux qui fait des attaques de panique. C’était un peu comme notre fils. En l’observant durant ses crises, je me suis rendue compte qu’il était épileptique. Sa famille m’a été très reconnaissante d’avoir pu poser ce diagnostic. Mais il a eu une expérience qui nous a soudés plus que tout autre. Un jour, en empruntant un sentier dans la forêt, nous sommes tombés sur un chantier médiéval visant à reconstruire un château fort à l’identique. Habituellement hyper touristique, il était temporairement fermé, seul le portillon extérieur était ouvert pour les jardiniers ! Le temps semblait figé, il n’y avait plus que lui et moi. Nous nous sommes assis sur les remparts, main dans la main, hypnotisés par la vue. Comme le soleil tapait, nous avons trouvé refuge dans le clocher de la cathédrale, et nous avons fait l’amour, entièrement nus. Il faisait frais, le silence résonnait de nos murmures, le contraste entre l’intimité de nos corps et la solennité de l’endroit rendait le moment exceptionnel et transgressif. Lorsque nous sommes rhabillés, Tanguy a posé un genou à terre pour me déclarer sa flamme, comme un chevalier servant… Aujourd’hui, nous ne nous voyons plus vivre l’un sans l’autre.

“Confinés avec nos résidents : un souvenir inoubliable”

Le témoignage de Valérie, 52 ans, directrice de l’Ehpad Vilanova de Corbas, près de Lyon

“Le 6 mars, observant que, malgré mes consignes, les proches ne pouvaient s’empêcher d’embrasser et de serrer dans leurs bras leurs aînés, j’ai pris en une fraction de seconde la décision la plus difficile de ma vie : suspendre la visite des familles pour protéger ces derniers. Mais je ne me voyais pas enfermer les résidents dans leur chambre. L’idée m’est alors venu de nous priver de notre liberté pour préserver la leur, en se confinant avec eux. Sur la cinquantaine d’employés, 29 ont répondu à l’appel. Ils avaient la possibilité de rentrer chez eux à tout moment, définitivement. Le 31 mars, huit d’entre eux ont rejoint leur famille. Notre expérience a duré 47 jours, alors que nous étions partis pour 14 jours, renouvelables une fois. La moyenne d’âge des employés est de 35 ans et beaucoup ont des enfants en bas âge. La solidarité a battu son plein et nous avons trouvé rapidement notre rythme. Nous avons pu compter sur le soutien de nos familles, que nous avions tous les jours au téléphone ou par vidéo, mais surtout sur celui des résidents. De vrais anges gardiens qui se sont montrés patients et bienveillants. C’était un bonheur de pouvoir prendre enfin le temps d’échanger avec eux, de mieux cerner leur caractère, leurs habitudes. Des amitiés sont nées entre personnes âgées, qui, faute de visites, ont participé davantage aux animations. Nous avons aussi appris à nous connaître plus intimement. Dormir à plusieurs dans la même pièce rapproche ! Notre page Facebook, lancée le 19 mars pour donner des nouvelles aux familles, est riche de souvenirs. Je me suis beaucoup amusée à partager des dessins, des vidéos, des textes, moi qui suis d’ordinaire happée par l’administratif. Je me souviens avec émotion de cette soirée où nous avons regardé tous ensemble le journal télévisé de Laurent Delahousse, qui rapportait notre expérience. Nous avons vécu la dernière semaine en comptant les jours, à la fois pressées et inquiètes de revenir à la vie “normale”. Il nous fallait nous dire adieu, nous avons choisi de le faire en musique puisque nous avions beaucoup chanté pendant les veillées. Nous avons imaginé “Des Confinés” sur l’air de “Désenchantée” de Mylène Farmer, dont je suis fan ! Nous avons réussi notre pari : pas un seul résident ni salarié n’a été contaminé. Pour ne rien oublier et rendre hommage à mes collaborateurs, j’en ai même fait un livre.”

“J’ai offert l’hospitalité à un jeune homme originaire du Tchad”

Le témoignage de Cathy, 64 ans, retraitée à Bègles

“J’ai perdu mon mari en février, après 45 ans de mariage. Sa disparition m’a beaucoup affligée. Je viens d’une famille de huit enfants, j’ai pris l’habitude de vivre entourée. Atteinte de sclérose en plaques depuis l’âge de 22 ans, je me savais à risque. Mon fils s’est beaucoup inquiétée pour moi, il savait qu’il ne pourrait plus me rend visite avec mes deux petites-filles de 6 et 11 ans. Travaillant à la communication du Secours Populaire de Bordeaux, il a alors eu l’idée géniale de me proposer d’accueillir Adam, un jeune réfugié tchadien de 21 ans qui vivait dans un foyer dans l’attente d’une régularisation de son statut. Ils avaient fait connaissance et sympathisé à l’association. Adam, arrivé en France huit mois auparavant, s’était proposé comme bénévole pour livrer des colis alimentaires, préparer les commandes et s’occuper de la librairie solidaire à la faculté de Bordeaux. Il était venu déjeuner à la maison et avait même assisté aux obsèques de mon mari. Je trouvais ce jeune homme charmant, bien élevé, intelligent et méritant. J’ai donc dit oui de suite. Cela me semblait naturel. Mes parents avaient le coeur sur la main. Avec huit enfants, ils n’avaient pas hésité à recueillir une famille de réfugiés espagnols qui fuyait la dictature de Franco. Le 16 mars, premier jour du confinement, Adam est arrivé à la maison avec son sac à dos, et je l’ai installé dans l’ancienne chambre de Vincent. J’ai voulu le mettre à l’aise tout de suite : “Tu fais comme chez toi”. Nous avons trouvé rapidement notre routine. Nous prenons tous nos repas ensemble, goûtons dans le jardin, regardons un film bien “français” après dîner (“Les Tontons Flingueurs”, “Le fabuleux destin d’Amélie Poulain”…), avant de nous mettre à la couture. L’atelier de couture du Centre Social de Bagatelle avait invité ses adhérentes à confectionner des masques pour le personnel non soignant. J’ai une machine à coudre à la maison. Ayant travaillé dans un atelier de confection à l’âge de 12 ans pour aider sa famille, Adam m’a bluffée quand il m’a proposé un coup de main. A côté de lui, j’étais une débutante. Il m’aide aussi pour le jardin. En retour, je l’ai initié à la cuisine française : pot-au-feu, blanquette, omelette… Aujourd’hui, c’est lui qui prépare à manger. Au fil des jours, nous avons appris à nous connaître, et je peux dire aujourd’hui que nous nous adorons. Je le considère comme mon petit-fils. Ensemble, nous discutons beaucoup de nos vies, nous confrontons nos cultures, partageons nos lectures. Adam parle bien français, c’est une chance ! Nous rions beaucoup ensemble et pleurons aussi. Car nous sommes deux grands sensibles ! A la fin du film “La Famille Bélier”, lorsque la fille quitte ses parents (“Je vous aime mais je pars”), nous avons fondu en larmes. C’est tellement l’histoire d’Adam, contraint de s’exiler pour avoir une meilleure vie. Il rêve de reprendre ses études. Il veut devenir journaliste et fonder une famille en France. Je suis fière de lui être utile. Il peut rester à la maison autant qu’il veut ! Sa jeunesse, sa joie de vivre me font un bien fou au moral. Quand il partira, il me manquera, mais l’important, c’est qu’il soit heureux…”

“J’ai développé une amitié téléphonique avec Simone, 77 ans”

Le témoignage de Camille, 18 ans, étudiante en histoire de l’art et droit à la Sorbonne, à Paris

“Confinée chez mes parents à Nantes, je me suis retrouvée un peu désoeuvrée les trois premières semaines. C’est en cherchant un job étudiant pour l’été que je suis tombée sur “Granny et Charly”, un site qui met en relation des étudiants et des seniors recherchant une aide à domicile ponctuelle ou régulière, en s’appuyant sur leurs intérêts communs. Pendant le confinement, Amélie Frely, la présidente et co-fondatrice, cherchait des bénévoles pouvant assurer des permanences téléphoniques pour lutter contre l’isolement des personnes âgées. Cela a fait tout de suite écho en moi ! En terminale, je m’étais engagée au Secours populaire pour faire des distributions alimentaires. J’étais la seule de moins de 60 ans et j’ai rencontré beaucoup de personnes à la retraite qui m’ont prise en amitié. Amélie m’a présenté Simone, qui a tenu une officine durant toute sa vie avec son mari, aujourd’hui décédé, et vit dans une résidence autonomie en région parisienne. C’est une passionnée d’art qui a fait beaucoup d’expositions. C’est cela qui m’a plu chez elle ! Nous nous sommes mis d’accord pour que je l’appelle le mercredi en début d’après-midi. Au premier coup de fil, j’étais un peu stressée, mais Simone a vite enchaîné sur notre sujet favori et je n’ai pas vu l’heure passer. A la fac, on aborde l’histoire de l’art de manière théorique ou technique. Simone, elle, parle de ses tableaux préférés avec émotion. Elle m’a ainsi fait découvrir Berthe Morisot, une impressionniste que je connaissais mal. Au fil des semaines, nous nous sommes mises à parler de nos vies, de nos familles, et aussi de sujets plus intimes. Elle a une mémoire impressionnante. A chaque fois que je lui confie quelque chose, elle s’en souvient ! Simone a même appelé ses enfants pour m’aider à trouver un appartement à Paris. Je ne la considère pas comme une grand-mère de remplacement, mais comme une amie. Après chaque appel, elle me remercie mais moi aussi j’apprécie sa compagnie ! Avec elle, il n’y a rien d’obligatoire, aucune pression, c’est agréable. Avec le déconfinement, ma mission devait, en théorie, s’arrêter. Mais je ne me vois pas ne plus lui téléphoner, même si je le fais moins souvent qu’avant, ce qu’elle comprend très bien. Nous rencontrerons-nous un jour pour boire le thé un dimanche après-midi ? Nous nous laissons cette ouverture. Même si cela nous intimide, je crois, un peu, de faire connaissance pour de vrai !”

“Je suis devenu Palou, le papy qui raconte des histoires sur Youtube”

Pierre-Eric, 61 ans, retraité à Marcouray, en Belgique

“Je suis très proche de mes trois petits-enfants : Pablo, Julie, tous deux âgés de 4 ans, et Samuel, qui a un an et demi. Mon nom de papi, c’est Palou ! Ils n’étaient pas encore nés que j’avais déjà monté une bibliothèque pour eux. Je ne suis ni bricoleur ni jardinier. Ma passion, c’est la lecture. Je n’ai pas été prof de français par hasard ! Dès qu’ils viennent à la maison, ils me réclament une histoire. Quand le confinement a été annoncé, je me suis demandé comment j’allais pouvoir garder le lien. J’ai pensé tout naturellement à m’enregistrer, pour ne pas imposer aux parents de contraintes horaires. Au début, je me filmais avec mon smartphone monté sur une perche selfie. Puis j’ai déposé mes vidéos sur Dropbox, une plate-forme de stockage et de partage de photos et de vidéos. Ma fille a alors parlé de mon initiative, reprise par un groupe de pédagogie active à Bruxelles. La presse et la radio l’ont relayée, c’était parti ! Un père m’a alors conseillé de créer une chaîne Youtube*. Cela n’a pas été trop difficile, je suis un adepte des réseaux sociaux. Avec mes élèves, j’avais créé une page d’établissement sur Facebook. J’ai près de 350 vues par jour. Les enfants qui me suivent (de 2 à 8 ans) viennent du monde entier : France, Espagne, Maroc, Italie, Afrique du Sud… J’ai même une crèche qui est abonnée. Incroyable ! J’enregistre quatre ou cinq histoires d’un coup – en continuant à m’adresser nommément à mes trois petits-enfants – mais ne diffuse qu’une seule quotidiennement, à 9 h pétantes, en me filmant par-dessus mon épaule, pour que les enfants qui m’écoutent aient l’impression d’être assis sur mes genoux. Aventure, fantastique, conte de fées ou de sorcières… J’essaie de m’adapter à tous les goûts. Il faut que l’histoire n’excède pas 7-8 minutes, que l’album soit suffisamment grand et que les illustrations soient plaisantes. Si je “plante” sur un mot, je ne coupe pas : je reprends comme dans la vie réelle. Il arrive que des parents me demandent de faire une dédicace spécial anniversaire ou m’envoient des vidéos de leur enfant… Je deviens un intime des familles ! Chaque jour, pendant une heure, je réponds aux nombreux mails que je reçois. Car je continue sur Youtube, malgré le déconfinement, ravi de pouvoir rajouter une page à ma vie ! Quand j’ai revu Pablo, j’ai dû lui raconter près de quatorze histoires en deux jours. Je crois qu’il est peu jaloux de devoir “prêter” son grand-père. Quand j’enregistre une histoire, il me demande expressément de la raconter à nouveau, en direct, rien que pour lui !”

* https://www.youtube.com/pierreericleclercq

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