Depuis des semaines, vous avez l’impression que votre manager vous écoute à peine. En réunion, personne ne s’arrête quand vous prenez la parole. Et votre avis passe souvent à la trappe. Posture, structure du pitch, tonalité… Les clés des experts pour faire entendre votre voix haut et fort et enfin compter.

À chaque fois, c’est le même scénario. Pour ce recrutement que vous réclamez depuis des mois, ce beau projet que vous défendez corps et âme ou cette nouvelle organisation que vous suggérez tous les 15 jours. Vous entrez dans la salle de réunion remplie d’énergie… et en sortez piteuse, après avoir -au mieux- obtenu un maigre «oui, pourquoi pas». Faut-il donc rugir et sauter sur la table pour qu’on vous écoute ?

«Beaucoup de mes clientes pensent formuler des demandes quand, en réalité, il s’agit de plaintes ou de reproches, explique la coach Chine Lanzmann, créatrice du programme Woman Impact et auteure du Guide de l’auto-coaching pour les femmes. C’est souvent une question de formulation. Dire “j’ai besoin qu’on recrute” n’est pas la même chose que “on manque de bras”.» Mais pour demander quelque chose comme pour défendre une idée, la forme ne fait pas tout. «Quand on ne se sent pas entendu, c’est qu’on ne se sent pas légitime dans sa posture, ni sûr de l’intérêt des connaissance qu’on a à partager», décrypte la coach Martine Guillaud. Spécialiste de la voix et de l’éloquence, elle accompagne responsables politiques, dirigeants économiques et autres professionnels. De son expérience, peu importe les raisons pour lesquelles on a du mal à se faire entendre : les leviers sont les mêmes pour développer une voix qui porte.

En dire le moins possible

«Il est primordial d’éviter ce que j’appelle les discours-wagons, ceux dans lesquels on multiplie les digressions et les sous-dossiers», souligne Martine Guillaud. On essaie donc d’en dire le moins possible, de faire des phrases courtes et de parler sur un rythme soutenu. Trois questions servent de guides pour préparer son pitch ou sa réunion : «Quelle est l’essence de mon message ? Quels arguments comptent aux yeux de mon manager ou collègue ? Comment mêler les deux le plus clairement possible ?»

Chine Lanzmann propose elle une feuille de route, inspirée de la communication non-violente : présenter les faits, exprimer ce qu’on ressent, demander ce dont on a besoin, impliquer son interlocuteur. Par exemple : «tu m’as confié de nouvelles missions il y a six mois. Depuis, je travaille dix heures par jour et, pourtant, je ne m’en sors pas. Je suis épuisée et assez inquiète, car je crains de ne pas remplir mes objectifs. J’ai donc besoin que tu m’allèges de certaines tâches. Es-tu d’accord pour qu’on prévoie un rendez-vous dans la semaine pour en parler ?».

Tout passe par le corps

La bonne posture ? «On s’asseoit au bord de la chaise, les pieds bien ancrés au sol et légèrement écartés, conseille Martine Guillaud. Pour gagner en verticalité, on imagine qu’une ficelle attachée au milieu de notre crâne nous tire légèrement vers le haut. On se tient à peu près droit, pour laisser au diaphragme la place de faire son mouvement. Ça amène aussi un certain port de tête et ça donne de l’impact au regard : on va naturellement regarder ses collègues plutôt que de baisser les yeux sur ses notes.

Que faire de ses bras ? «Comme lors d’un repas, on ne pose pas les coudes sur la table. On se sert plutôt de ses mains pour donner du mouvement à son argumentaire et on évite de croiser les bras : cela écrase le larynx et les cordes vocales.»

Travailler sa diction ? «On peut s’exercer chaque jour pour mieux articuler. Il suffit de bouger très légèrement et très lentement la mâchoire inférieure de droite à gauche, pour lui redonner la mobilité. Cela permettra aussi d’avoir un regard moins tendu, plus lumineux.»

Pour fluidifier encore l’ensemble, on joue sur les tonalités. «Un discours est comme une succession de paquets d’idées. À chacun de ces paquets, on peut attacher une émotion, une tonalité différente, propose Martine Guillaud. Cela permet de créer des variations, d’alterner les humeurs.» Mais aussi de s’approprier pleinement le sujet, d’être sûr de ce que l’on a à dire, et donc de le dire naturellement. «Le jour J, on apporte uniquement une antisèche claire et synthétique, avec des mots clés concrets.» Plus efficace que des notes détaillées qu’on finit toujours par réciter comme à l’école.

S’entraîner

L’exercice n’est pas aisé. D’où l’intérêt de répéter son discours, chronomètre en main. «Cela permet de se rendre compte qu’on est trop lent, trop rapide, trop détaillé, qu’on se noie à un moment… Si besoin, on dégraisse ses idées pour aller à l’essentiel», conseille Martine Guillaud. Cela permet aussi, et surtout, de se dégager l’esprit. Vous découvrirez peut-être en entrant dans la pièce que votre chef est d’une humeur de dogue, et aurez besoin d’adapter votre gestuelle, votre ton, votre lexique. Cela demande de l’énergie, mieux vaut donc en économiser en étant à l’aise sur le fond.

L’astuce utile pour les visio-conférences

«Même enfermé dans une vignette sur un écran, on peut se faire entendre, assure Martine Guillaud. Le secret ? Reformuler la question de son interlocuteur avant de lui répondre. Cela laisse le temps que le son arrive jusqu’à lui, et qu’il se prépare à enregistrer la réponse. C’est nécessaire quand on parle à un écran d’ordinateur. Bien sûr, on se tient droit et on bouge les mains pour créer du mouvement. On essaie aussi d’être encore plus concis qu’en présentiel, pour éviter de diluer ses idées.»

Sentir l’énergie de l’assemblée

En arrivant en réunion, on peut donc ouvrir les écoutilles et humer l’ambiance, la ressentir plus que l’analyser. Etre attentif aux signes – de nervosité ou, au contraire, de bonne humeur – envoyés par ses collègues. Et, de là, prendre la parole au bon moment et de la bonne façon. Peut-être vaudra-t-il mieux mettre de côté la plaisanterie que vous aviez en tête ou, à l’inverse, vous l’autoriser si cela peut détendre l’atmosphère. «C’est une question d’équilibre, explique encore Martine Guillaud. Les grands orateurs connaissent par cœur le fil rouge de ce qu’ils veulent dire, mais n’étouffent pas l’imprévu. Ils s’adaptent à l’ambiance du moment.»

Jouer l’effet de surprise

Cette ambiance, on peut l’influencer à son avantage, en faisant un pas de côté. Par exemple, en changeant un peu de coiffure, de style vestimentaire et de façon de s’ adresser à ses collègues. «Il s’agit de transcender le quotidien, de se mettre en action, en scène, encourage notre coach en éloquence. Quand notre manager nous perçoit d’une certaine façon, parler autrement, prendre la parole d’une nouvelle façon va éveiller son attention.» Il ne s’agit pas d’entrer en salle de réunion en faisant la roue, mais seulement de changer d’angle d’attaque. Vous avez l’habitude de commencer vos interventions d’une formule laconique, type «j’ai lu les notes envoyées par Caroline…» ? Essayez plutôt un chiffre marquant, une anecdote ou une question frontale. Ça n’a l’air de rien, mais c’est une façon de bousculer ce que Martine Guillaud appelle nos «rituels», ces petites habitudes qui nous définissent au bureau.

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Éviter de monter au front

Si rien de tout cela ne suffit, il importe de réagir vite et avec fermeté, au risque d’accumuler les frustrations et les incompréhensiens, mais sans être agressif. «On peut avertir ses supérieurs : “là je pense qu’on va dans le mur, je vous préviens car c’est mon rôle et que j’ai peur que vous soyiez déçus”», propose Chine Lanzmann. Dire à son chef qu’on n’a pas les moyens de faire ce qu’il nous demande devrait, a priori, le faire réagir – sans quoi il risque, lui, de devoir rendre des comptes.

Si vous défendez une idée ou un projet auquel vos supérieurs ne croient pas, notre coach suggère de ne pas s’accrocher à tout prix. «Il est inutile de vouloir plus que son patron, souligne-t-elle. On propose et il dit non ? Tant pis pour lui. On est là pour faire bien son travail, pas pour forcer la main à sa direction.»

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