De nombreuses personnes se sont donc mises à la pratique d’un instrument de musique, depuis le début de la crise sanitaire, et nous en parlons aujourd’hui avec la psychanalyste Claude Halmos.  

franceinfo : Que peut-on penser d’un tel phénomène ? Peut-on expliquer un tel besoin ? Y a-t-il des bénéfices psychologiques à la pratique d’un instrument de musique ?    

Claude Halmos : C’est un phénomène très révélateur. La musique est considérée, dans notre société comme “non essentielle” : les magasins de musique étaient fermés pendant le confinement, et les salles de concert le sont toujours. Et cela va de pair avec le fait que, même si les professeurs de musique font à l’école, et souvent avec l’aide de musiciens professionnels, un travail remarquable pour initier les enfants à la musique, ils n’y ont qu’une place très restreinte, puisqu’ils se partagent, avec les arts plastiques, une heure hebdomadaire.  Or ce bond en avant spectaculaire des ventes montre que la musique fait partie des choses essentielles. 

En quoi le montre-t-il ?     

Le confinement a privé les gens de beaucoup de ce qui faisait leur vie, et les a obligés, un peu comme des naufragés sur une île déserte, à chercher, entre leurs quatre murs, de quoi vivre quand même. Pour nourrir leurs corps, ils ont inventé des recettes de cuisine avec les moyens du bord, on en a beaucoup parlé. Mais ils ont dû nourrir aussi leur esprit. Et le fait qu’ils aient été si nombreux à choisir la musique montre qu’elle est essentielle, parce que quand un être humain doit, dans une situation très difficile, comme une pandémie, trouver de quoi survivre psychologiquement, il va intuitivement, à l’essentiel.    

Comment expliquer que la musique soit essentielle ?    

La musique permet de retourner aux racines de soi-même, car le rythme est là dès le début de la vie. L’enfant le ressent d’abord dans le ventre de sa mère, quand elle bouge puis, une fois né, quand elle le porte en marchant, ou le berce. Il commence ensuite à le produire lui-même, en tapant avec des objets sur les surfaces à sa portée. Et les premières mélodies qu’il entend sont celles que ses parents lui chantent. Elles accompagnent ses premiers liens.

Et puis la musique, parce qu’elle ne passe pas par les mots, permet d’exprimer des émotions que l’on n’arrive pas à nommer (il y en avait beaucoup pendant le confinement), et d’échanger avec les autres par-delà les barrières sociales et culturelles.  

Mais ce qui est frappant, c’est que les gens ont eu besoin non seulement de partager des musiques, mais d’en faire naître eux-mêmes. Et ils l’ont pu parce qu’on les y a aidés. Il y a eu une grande générosité des musiciens professionnels : des démonstrations en ligne, des concerts aux balcons. Comme s’ils disaient aux gens : c’est possible aussi pour vous, qui pensiez peut-être ne pas y avoir accès. Et ça a marché : les instruments les plus vendus ont été des premiers prix ; et donc probablement à des gens qui débutaient. Ce qui veut dire que les désirs de musique qui sont nés là, auraient pu naître bien avant, à l’école par exemple, si on l’avait permis. Et c’est une leçon qu’il faudrait retenir.

Source: Lire L’Article Complet