La crise sanitaire nous a appris à modérer nos activités. Contre toute attente, moins de pression, de dépenses, de voyages… se révèle un plus dans nos vies.

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Alors que la pandémie de Covid-19 vient de fêter son premier anniversaire, un constat s’impose : elle a considérablement réduit nos existences. Télétravail, confinement, couvre-feu… Le monde extérieur étant devenu source de danger, nous nous sommes recentrées sur notre foyer. Nous avons été forcées de ralentir nos activités, de lever le pied sur le consumérisme, de rester concentrées sur la vie de notre quartier. Certes, certaines des occupations dont nous sommes privées nous manquent terriblement : on rêve de pouvoir à nouveau aller déjeuner en terrasse avec nos copines ou de nous faire une toile avec notre amoureux… Mais, avec le recul, d’autres nous apparaissent superflues, pesantes, voire absurdes : comme ces virées shopping hebdomadaires épuisantes dans les centres commerciaux ou ces voyages stressants à l’autre bout de la planète alors qu’on ne connaît pas les splendeurs de notre région… Mais pourquoi s’est-on imposé de telles charges pendant toutes ces années ? Selon une enquête du Crédoc réalisée en mai 2020, 80 % des Français pensaient qu’il était préférable de continuer de ralentir nos activités, pandémie ou pas ! Alors aujourd’hui, on en fait moins. Et ce moins est parfois un plus dans nos vies. Tour d’horizon de ce qu’on a perdu et, surtout, de ce qu’on a gagné en allégeant nos to do liste

Routine beauté allégée rime avec liberté retrouvée

Crise sanitaire oblige, on passe plus de temps chez soi. Et lorsqu’on sort, on porte un masque. De fait, on se moque un peu de l’image que l’on renvoie aux autres et des conventions sociales qui lui sont associées. L’occasion pour les femmes de se libérer de nombre de diktats qui pèsent sur leur apparence et leur corps. Ainsi, en 2020, le no make up (je ne me maquille plus !), le no shave (je ne m’épile plus !) ou le no bra (je ne mets plus de soutien-gorge !) ont trouvé de nouvelles adeptes. Nous voici travaillées par l’envie d’adopter des routines corporelles plus souples.

Selon une étude publiée en janvier 2021 par l’Ifop sur l’évolution des pratiques dépilatoires des Françaises, une femme sur deux envisage de ne plus s’occuper de son maillot ! De même, avec la fermeture des coiffeurs, nombreuses sont celles qui arborent leurs cheveux blancs, vécus non plus comme un signe de vieillissement mais comme l’étendard d’une liberté retrouvée. Fini la corvée des racines chaque mois ! Tout un temps libéré pour prendre vraiment soin de soi et pas seulement de son apparence.

Moins exposées, on regagne en confiance

“L’image de soi est liée au regard de l’autre : et plus cet autre est éloigné (relations, collègues, passants… ), moins son regard sera indulgent, explique la psychanalyste Luce Janin-Devillars. Avec le confinement et le repli sur le foyer, nous avons échappé à cette pression extérieure. Nous avons alors vécu sous l’œil de nos proches, plus bienveillant. Surtout, libérées de la pression sociale, nous nous sommes tournées vers notre propre intériorité, prêtes à remettre en question notre persona, ce masque (théorisé par Jung) que l’on porte en société. Des interrogations légitimes ont surgi : qui suis-je vraiment au-delà de mon physique, de mon apparence, de mon rôle social ? Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ?” Une révolution intérieure qui peut sans doute expliquer les changements de cap radicaux qui ont suivi, pour certaines, le premier confinement : ruptures professionnelle et affective, déménagement à l’autre bout de la France…

Moins dépenser, c’est investir sur soi

Alors que le virus circule, centres commerciaux et grands magasins font figure de zones à risques. Désormais, programmer une virée chez Zara pour acquérir un énième vêtement que l’on ne mettra qu’une fois ou deux, voire jamais, relève quasiment de l’aventure. Résultat, en 2020, le chiffre d’affaires du groupe H&M a reculé de 20 %, et son bénéfice a été divisé par dix ! Mais qu’est-ce que l’on gagne à moins dépenser en fringues ? D’abord, une meilleure estime de soi. La fast fashion est le deuxième plus grand pollueur d’eau potable dans le monde et les conditions de travail y sont déplorables. Dès lors qu’on y renonce, on se sent plus en phase avec la préoccupation écologique ou le souci d’une économie équitable !

Ensuite, nous y trouvons une plus grande quiétude intérieure, selon Luce Janin-Devillars : “On le sait, la société de consommation nous pousse à résorber nos angoisses à travers la pulsion d’achat. Or notre bien-être psychique ne pourra pas venir d’un élément extérieur, si attractif soit-il. Nous devons le conquérir non pas dans l’agitation et la recherche inlassable du superflu, mais dans le calme et l’attention à l’essentiel, en faisant un arrêt sur image : moi pleine et entière, ici et maintenant.”

C’est pourquoi le temps et l’argent gagnés sur cette fièvre consumériste semblent se déplacer vers des activités qui recentrent, apaisent, élèvent : la lecture, la méditation ou le yoga ont ainsi connu un succès croissant ces derniers mois. En témoigne l’engouement pour l’application de méditation Petit Bambou, dont les téléchargements explosent.

Renoncer aux voyages rapproche… de ses proches

La pandémie a réduit les distances parcourues. Comme si elle nous mettait un fil à la patte. Le télétravail diminue drastiquement le temps passé dans les transports en commun. Les frontières se ferment, on hésite à voyager à l’étranger. La fréquentation des avions s’effondre quand les mobilités douces ont le vent en poupe. Du coup, on redécouvre son quartier, sa région, son pays. Le tourisme de proximité devient une valeur sûre.

La psychanalyste explique ce que ce recentrage sur un périmètre plus réduit implique dans notre vie psychique : “Lorsque notre regard se fixe sur un point précis, nous devenons plus attentifs à ce que nous voyons, à ce que nous sentons. Et nous découvrons alors ce qui jusque-là nous était resté invisible. Ainsi agit la limitation de nos voyages : en réduisant notre périmètre d’investigation, nous devenons plus sensibles aux bruits, aux odeurs, aux couleurs de notre environnement, capables de ressentir les infinies variations de la nature. Nous développons ainsi une sensibilité plus fine qui nous permet également de mieux entendre ce que nos proches nous disent : leurs besoins, leurs attentes, leurs peines comme leurs joies. De la même façon, nous voici plus à l’écoute de notre ressenti, de nos émotions, de nos désirs profonds.”

La paresse, un formidable moteur

Rêvasser dans le calme, méditer en silence, lâcher prise dans l’immobilité… Et si, au sortir de la pandémie, on gardait ces bonnes habitudes ? On aurait d’excellentes raisons pour cela : la recherche scientifique nous apprend que l’être humain est programmé pour la paresse. En effet, à l’époque de nos lointains ancêtres, en hiver, lorsque l’accès à la nourriture devenait difficile, il était indispensable d’adopter des comportements sédentaires afin de sauvegarder une énergie décisive pour la survie. Selon une étude réalisée par des chercheurs français, suisses et canadiens, cette tendance à minimiser les efforts inutiles se serait inscrite dans notre cerveau : l’impulsivité vers la sédentarité serait plus fortement ancrée dans nos gènes que l’impulsivité vers l’activité.

Cependant, laisser son esprit vagabonder allongée sur son canapé ne signifie pas forcément ne rien faire. Des travaux de l’université British Columbia (Canada) ont révélé que l’état de rêverie stimule significativement l’activité cérébrale, aidant ainsi à la résolution de problèmes complexes. C’est sans doute pourquoi, alors que l’avenir semble incertain et qu’il va nous falloir réinventer nos vies, nous préférons laisser notre esprit s’égarer plutôt que de nous prendre la tête et nous agiter inutilement.

* Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.

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