Dans le podcast Bouffons, de Nouvelles Écoutes, deux cheffes se confient sur les violences sexuelles et sexistes qu’elles ont traversé dans des établissements parisiens réputés, après les récentes révélations accusant un grand chef de la Capitale.

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Le mouvement #MeToo a ouvert la voie à une libération de la parole inédite en France, aux Etats-Unis et dans de nombreux pays. Parti de l’univers du cinéma avec l’affaire Harvey Weinstein, ce mouvement s’est élargi à d’autres domaines aussi divers que variés. La chanson, le théâtre, l’équitation, le patinage, le monde de l’entreprise en général… mais aussi la cuisine, milieu particulièrement sexiste. Récemment, un jeune chef parisien a été accusé d’agression sexuelle et de harcèlement. Les violences sexuelles dans le monde de la gastronomie est d’ailleurs le thème du dernier numéro du podcast Bouffons, produit par Nouvelles Ecoutes animé par Emilie Laystary et repéré par Voici. Où sont les femmes en cuisine ? Comment le sexisme affecte leur carrière, leurs ambitions dans le monde de la gastronomie ?”, s’interroge la journaliste. Dans l’épisode, intitulé Cauchemars (sexistes) en cuisine – en référence à la célèbre émission culinaire Cauchemar en cuisine -, deux femmes racontent ce qui leur est arrivé dans des cuisines réputées, et comment “l’ambiance toxique et le sexisme, allant jusqu’à la violence sexuelle, [les] ont poussé à bouleverser leur plan de carrière.”

“Alors, quand elle te suce elle avale ?”

Marion Goettlé, cheffe du Café Mirabelle, à Paris, a ainsi été victime de harcèlement moral de la part de son patron il y a quelques années, dans un autre établissement. Un grand restaurant parisien “parmi les tables gastronomiques les plus courues du monde”, prévient la journaliste Emilie Laystary. La jeune passionnée de cuisine raconte : “Je me prenais des réflexions tous les jours : ‘Tes mains, elles sont vraiment trop moches’, ‘Dégage avec ton cul de vieille’. Au repas du personnel, on était assez nombreux, une bonne quinzaine au moins. Il me dit : ‘Goettlé, t’es vraiment trop moche’, ‘T’es dégueulasse’. Le chef va même jusqu’à lui dire “Tu me donnes envie de vomir” en faisant mine de régurgiter le contenu de son assiette. Le harcèlement moral s’est ensuite transformé en harcèlement sexuel lorsque Marion Goettlé a rencontré, dans cet établissement, l’homme qui deviendra son mari. “Il lui disait : ‘Alors, quand elle te suce elle avale ? Elle est chaude ?’ Finalement, elle décide de claquer la porte et d’ouvrir son propre restaurant.

“Les ressources humaines de l’hôtel étaient au courant mais elles n’ont rien fait”

Une autre cheffe s’exprime dans le podcast, sous couvert d’anonymat et raconte notamment son agression par le sous-chef d’un grand restaurant, alors qu’elle est stagiaire dans un hôtel de luxe de la Capitale. Ce dernier a ouvert à plusieurs reprises – une vingtaine de fois – le bouton de sa veste de cuisine avant d’y plonger sa main et de tenter de dégrafer son soutien-gorge. La jeune cheffe pâtissière décide à l’époque de prévenir sa hiérarchie et apprend qu’elle n’est pas la seule victime du sous-chef. “J’ai appris qu’en six à huit mois, j’étais la cinquième ou sixième stagiaire à qui ça arrivait, que les ressources humaines de l’hôtel étaient au courant mais qu’elles n’ont rien fait”, se désole-t-elle. Elle portera plainte sur les conseils de la police. L’agresseur reconnaît les faits et est condamné en 2015 pour “atteinte sexuelle avec contrainte et surprise” à cinq mois de prison avec sursis. Il a par ailleurs été contraint de lui verser des dommages et intérêts pour préjudice moral. Malgré tout, la jeune femme s’estime chanceuse d’avoir pu recevoir l’aide de la police et de la justice, consciente que la plupart des victimes ne sont pas toutes logées à la même enseigne.

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