Une amnésique prisonnière dans une capsule cryogénique… Avec Oxygène, le thriller d’Alexandre Aja, sur Netflix le 12 mai, l’actrice joue le suspense à l’extrême. Une performance à la mesure de cette combattante, qui enchaîne les tournages devant et derrière la caméra.

Un teint de rose. D’emblée, c’est ce qui frappe chez Mélanie Laurent. D’autant qu’elle sort de la piscine, où elle nage tous les jours pour interpréter une ancienne championne olympique dans Tempête, le film de Christian Duguay en tournage. Peau de porcelaine, donc, encadrée de cheveux blond polaire et éclairée de prunelles vert d’eau. Et visage de cinéma, aux angles faits pour la caméra, où s’affiche ce même sourire énigmatique que sur les photographies et les couvertures de magazine. Qui est Mélanie Laurent ? Sa voix grave, d’un autre âge, charrie autorité et détermination.

Cette fille-là, on le sent, a une volonté inoxydable. Ses proches la disent travailleuse, courageuse, talentueuse, voire battante et guerrière. Elle a intégré la leçon de Gérard Depardieu, son premier mentor : «Ne pas craindre le ridicule», autrement dit : tout oser. Libre et audacieuse, elle trace selon ses envies. «Ni brides ni entraves» pourrait être sa devise, elle qui a été élevée en écoutant les 3 B : Brassens, Brel, Barbara. Pourquoi s’enfermer dans la case actrice quand on peut être réalisatrice et documentariste (sept longs-métrages), chanteuse (un album), metteuse en scène de théâtre (une pièce), et bientôt aussi… vidéaste, pour Cartier dont elle est l’égérie. «À la demande de Cyrille Vigneron (président de la maison joaillière, NDLR), j’ai eu la chance de faire de magnifiques rencontres de femmes en vue d’une exposition pour Cartier, et ces rencontres m’ont bouleversée et m’ont nourrie. La maison Cartier m’ouvre des portes créatrices inespérées.»

Aujourd’hui, elle assure la promotion du film Oxygène (1), d’Alexandre Aja, qui sera disponible sur Netflix le 12 mai. En jean gris souris et boots en daim plates, elle admire l’Opéra de Paris depuis les vastes bureaux de la plateforme. Devant un thé, elle parle du film – sorte de thriller claustrophobique qui fait écho à la période que nous traversons -, d’éducation, d’amour, d’art et d’écoféminisme, son cheval de bataille. «À un moment donné, il faudra qu’on fasse le lien entre l’oppression de la nature et l’oppression de la femme. Pourquoi ne laisse-t-on pas le féminin éclore ? Pourquoi ne prend-on pas soin de la planète ? Ce qui était incroyable pendant cette pandémie, c’est de voir les chefs d’État femmes mieux gérer la crise que les hommes.» Faut-il y déceler un indice ? À 38 ans, Mélanie a la vie devant elle.

Une intense préparation physique

Madame Figaro. – Dans Oxygène, vous êtes enfermée dans une capsule cryogénique, seule à l’écran pendant tout le film. Une performance ?
Mélanie Laurent. –
C’était intimidant et impressionnant. Il y avait cette idée de challenge, de se dépasser soi-même, de tenir le coup physiquement. J’étais allongée, câblée dix heures par jour, avec l’impossibilité de faire des pauses, car la préparation était longue. Une fois dans ma boîte, je n’en ressortais que pour le déjeuner.

Avez-vous subi un entraînement particulier, comme pour 6 Underground, le film d’action de Michael Bay ?
J’ai eu un petit mois. J’étais en Bretagne, sur la Côte sauvage. J’ai beaucoup couru, comme si je décidais dans ma tête d’occuper le plus d’espace possible. Avec un coach génial, qui a travaillé pour le Cirque du Soleil, j’ai fait énormément d’abdos pour pouvoir me contorsionner. L’idée est de se préparer physiquement pour s’aider psychologiquement. Au bout de trois semaines de tournage, la fatigue a pris le dessus. Je rentrais chez moi, j’étais un zombie, je n’arrivais même pas à dîner. Dépenser autant d’énergie à ne pas respirer fatigue, donne le tournis et peut même entraîner des paralysies faciales. On envoie à son cerveau l’idée qu’on est en train de l’asphyxier. Le corps ne comprend pas qu’on joue la comédie.

En vidéo, “Oxygène”, la bande annonce

C’est un film anxiogène, l’enfermement, les rats de laboratoire…
Quand l’héroïne se réveille, elle ne sait plus qui elle est ni comment elle a fini enfermée dans un caisson de la taille d’un cercueil. Heureusement, je ne suis pas claustro. Je ne suis pas phobique des rats non plus. Il y en avait deux cents ! Avec des araignées, je n’aurais pas pu… Alexandre Aja, qui savait exactement ce qu’il voulait, me dirigeait à l’oreillette pendant que l’équipe technique, à mes côtés, me donnait de l’eau et m’évitait les crises d’angoisse.

“Un film d’époque à une époque où il n’y a plus d’époque !”

Depuis, vous avez tourné comme réalisatrice Le Bal des folles, d’après le roman de Victoria Mas, qui sortira en septembre.
C’est Alain Goldman, le producteur de La Rafle, qui possédait les droits et voulait qu’on le fasse ensemble. J’étais très heureuse de le retrouver après toutes ces années. J’ai adapté le livre pendant le premier confinement. C’est l’histoire d’une jeune fille qui voit les morts, entend les esprits. Son père et son frère la font interner à l’hôpital psychiatrique de la Salpêtrière, où officie le Pr Charcot. Pour sa famille, c’est une sorcière, le diable même. C’est ainsi que cette grande bourgeoise débarque à la cour des Miracles.

Elle est interprétée par Lou de Laâge, votre interprète de Respire…
Avec également Emmanuelle Bercot et Benjamin Voisin. Le Bal des folles a été tourné lors du deuxième confinement. On vivait dans une espèce de ville fantôme, à Rochefort, où tout était fermé et où on ne croisait que les gens de l’équipe, masqués. On tournait en pellicule. Il y avait quelque chose de sacré. Il fallait faire attention à n’avoir aucun problème avec la pandémie. Et, en même temps, le réchauffement climatique était en train de nous dire qu’on était passés de l’autre côté. Parce que c’était encore l’été début décembre… Je ne savais pas comment filmer les arbres, il y avait des feuilles partout. On tournait un film d’époque à une époque où il n’y a plus d’époque !

“Une journée sans fou rire est perdue”

Vos acteurs vous surnomment «Big Mamma». Une manière de souligner votre direction d’acteurs bienveillante ?
Les acteurs qui passent à la réalisation n’ont pas envie de faire vivre à d’autres ce qu’ils ont vécu. Il y a plusieurs théories, évidemment. Celle où on pense que c’est dans la douleur qu’on obtiendra de la douleur. Et celle où on pense que c’est en étant heureux, légers, dans l’empathie et la sympathie qu’on obtiendra les plus belles larmes et les plus belles émotions. Je choisis des acteurs dont je connais le potentiel. Inutile de les torturer. Et puis, c’est très émouvant l’amour. Il vaut mieux arriver sur un plateau pris par la main plutôt que terrorisé à l’idée de ne pas y arriver.

Les histoires que vous filmez sont assez graves en général…
Les histoires de cinéma qui me plaisent sont dramatiques. Comme spectatrice, je regarde davantage de films légers. C’est très compliqué de filmer une histoire profonde, avec beaucoup d’humour, qui bouleverse. Quand c’est réussi, c’est une joie absolue. C’est pour ça qu’on regrette Bacri. Je suis née avec les films qu’il écrivait avec Jaoui. On avait le sentiment de voir du grand cinéma français. Toledano et Nakache arrivent à créer le drame dans la comédie, un univers où on n’est ni mort de rire ni en larmes tout le temps. C’est un art subtil et difficile.

Si vos films sont reliés par la gravité, c’est peut-être que vous êtes plus sombre qu’il n’y paraît ?
Pas du tout ! Je pense qu’on se trompe sur ce que je suis. Je ne suis pas du tout sombre. Une journée sans un fou rire est une journée perdue !

Vous avez un petit garçon de 8 ans et une petite fille d’un an et demi. Quel genre de mère êtes-vous ?
Je ne me mets pas trop la pression, car il y aura forcément quelque chose de raté. J’ai un mot d’ordre : faire en sorte que, quand je couche ma fille, elle rigole, et, quand elle se réveille, elle sourit. Si ça marche, cela veut dire qu’il n’y a pas eu trop de stress dans la journée. J’ai fait pareil avec mon fils.

Léo, Mila, ce sont des prénoms doux…
Ce sont surtout les prénoms les plus donnés en France ! Je voulais des prénoms courts, qui vieillissent bien. Léo, c’est mignon pour un petit garçon, cool pour un ado, et tellement sexy pour un grand-père.

“Là, je vois qu’il se décompose”

Il semble que vous ayez un lien particulier avec votre grand-père…
Il a 96 ans. Un lien avec ma grand-mère aussi. J’ai grandi dans un immeuble où toute ma famille vivait à un étage différent. Je suis très proche d’eux. Je pense que l’envie de la mise en scène vient de ma grand-mère, qui avait ce don, avec qui on se déguisait et on faisait des chasses au trésor. Quant à mon grand-père, il m’emmenait dans les musées et me racontait tout. C’est un dictionnaire vivant. Mère danseuse, père comédien… J’ai baigné là-dedans. Sans me pousser, ils m’ont donné les outils pour créer. Tout était terrain de jeu. Cette éducation rendait le plus curieux possible et ne mettait aucune barrière. Je fais ça aussi avec mes enfants. Il faut un peu goûter de tout.

Et vous, avez-vous le goût des tableaux, comme votre grand-père ?
C’est ce qui me manque le plus aujourd’hui. Aller au musée est la première chose que je fais quand j’arrive dans une ville. Je voyage beaucoup, car les tournages n’ont jamais lieu au même endroit. Le musée, c’est mon premier refuge avant le restaurant. Voir un Claude Monet à l’autre bout du monde me rassure. J’adore le silence des musées et observer les gens qui regardent les tableaux. J’aime les voir poser des questions, être émus ou choqués. Il y a là un cérémonial magnifique.

Vous aviez d’ailleurs fait un petit film sur ce sujet…
Paris en émotions, pour le ministère de la Culture. Quand j’ai rencontré le père de ma fille, on a parlé d’art et on est allés tout de suite dans une librairie acheter des bouquins sur ce sujet. Il m’a demandé quel était mon tableau préféré au Met, à New York. J’ai répondu que j’avais toujours le même choc à la vue du Lepage qui représente Jeanne d’Arc. Là, je vois qu’il se décompose : il me confie que c’est son préféré aussi. C’était le début de notre histoire.

(1) Oxygène, d’Alexandre Aja. Le 12 mai sur Netflix.

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