Après Yamina Benguigui, l’actrice et musicienne Lou Doillon était la deuxième invitée des talks Women In Motion, ce samedi 10 juillet. Elle en a profité pour mettre à l’honneur les rôles modèles féminins qui l’ont encouragée à devenir l’artiste pluridisciplinaire qu’elle est aujourd’hui.

«Women, women, women», a-t-elle lancé à l’audience venue l’écouter parler. Lou Doillon était l’invitée du deuxième talk Women In Motion organisé par le groupe Kering pendant le 74e Festival de Cannes. Celle dont le dernier EP Look At Me Now est sorti en 2020 a parlé de l’influence des femmes dans ses domaines de prédilection, le cinéma et la musique. L’artiste franco-britannique, fille de Jane Birkin et Jacques Doillon, a également parlé de sororité, de représentativité et de créativité.

“Un panthéon de femmes meneuses”

D’abord actrice, elle a joué notamment dans Kung Fu Master d’Agnès Varda, Mauvaises Fréquentations de Jean-Pierre Améris ou encore Polisse de Maïwenn. Puis, Lou Doillon a basculé dans la musique, devenant ainsi auteure, compositrice et interprète doulée de ses chansons. Plusieurs métiers dans lesquels elle a pu se projeter grâce aux exemples féminins qui l’ont entourée dès le plus jeune âge. «J’ai la grande chance d’être née dans une famille où les femmes autant que les hommes étaient au travail, a-t-elle déclaré. J’ai vu une parité dans le rapport à la création. Dans ma petite enfance, les exemples de femmes qui respiraient un air de liberté étaient souvent actrices ou chanteuses.» Une palette de personnages féminins qui, elle le reconnaît, a toutefois manqué de diversité. Et elle se réjouit par ailleurs de ce changement pour les nouvelles générations. «Je pense qu’aujourd’hui, une jeune fille, grâce à ce qu’elle voit à la télévision et autour d’elle, peut se rêver à tout, voir même présidente.»

«Un panthéon de femmes meneuses», c’est ainsi que Lou Doillon décrit ses modèles dans la musique, inspirants par leur carrière, mais angoissants du point de vue personnel. Elle l’affirme, «depuis 3 ou 4 ans je lis majoritairement des femmes». «Sans le faire exprès, précise-t-elle, mais j’en ai besoin.» Notamment car les auteures qu’elle lit abordent cette question qui «nous taraude», de «la conciliation entre la maternité physiologique versus la maternité artistique». «Plus jeune j’étais embêtée par le fait que la majorité des femmes auteures ou peintres que j’aimais n’avaient pas eu d’enfants ou avaient terminé avec un destin tragique», raconte encore celle qui est devenue mère à 19 ans. «Et je me demandais : “est-ce qu’il y a une tragédie qui m’attend si je décide de m’embarquer dans cette aventure ?”».

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Sororité et représentation

À l’aube de ses 40 ans, Lou Doillon salue par ailleurs la sororité dont font preuve les plus jeunes générations de femmes. «Elles arrivent à avancer ensemble avec leurs différences. C’est très certainement la solution et c’est très plaisant à voir, a-t-elle déclaré. Nous, on avançait en se disant qu’il y avait tellement peu de places que si on la prenait il faudrait peut-être jouer des coudes pour éviter que quelqu’un d’autre ne la prenne. Alors qu’en fait on a toutes la place et si on avance ensemble on en a de plus en plus.»

Si elle applaudit également l’évolution du discours sur les femmes ces 100 dernières années, Lou Doillon déplore toutefois la persistance d’une certaine inégalité, notamment dans la façon dont elles sont représentées. Un sujet de l’ordre du vécu pour celle qui regrette d’être étiquetée mannequin sous prétexte d’être égérie de plusieurs marques. «Est-ce que Johnny Depp est mannequin ? Et Brad Pitt ?», demande-t-elle. Et d’ajouter : «Est-ce que, en interview, on demande à Brad Pitt ses tips beauté ? Pourquoi me pose-t-on ces questions, et pas aux artistes masculins ?»

Créativité

Artiste avant tout, Lou Doillon a appris à préserver sa créativité et délivre quelques conseils aux jeunes qui envisageraient une carrière artistique. «On peut vite se perdre dans les technologies d’aujourd’hui, explique-t-elle. C’est pourquoi je n’allume pas mon téléphone au réveil. Je commence par écrire dans mon journal intime, pour faire le lien entre la rêverie et la nuit. Il faut savoir rester en retrait, être dans l’observation. En cela le dessin m’aide énormément». Mais son principal conseil, et il s’adresse surtout aux jeunes femmes, est de «s’autoriser à aller jusqu’au bout» de ce qu’elles ont envie d’entreprendre. Et renvoyant toujours à celles qui lui ont montré l’exemple, elle ajoute : «J’ai eu la chance d’avoir comme marraine Agnès Varda, or elle s’est tout autorisé. Quelle merveille d’avoir des femmes comme ça qui vous entourent.»

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