Pas facile de rencontrer l’âme soeur en pleine crise sanitaire. Si les célibataires se tournent davantage vers les sites et applis de rencontres, la covid en change les codes.

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A l’ère des masques, des gestes barrière, du couvre-feu et des confinements, trouver sa moitié relève presque de l’exploit. Privés de leurs lieux habituels de sorties et des opportunités de rencontres chez des amis, au restaurant, en boîte de nuit ou sur le lieu de travail, les célibataires s’organisent pour forcer le destin. Ils plébiscitent les sites et applications de rencontres, qui connaissent un succès sans précédent: 30% des personnes en couple* depuis le premier confinement se sont rencontrées via un site ou une appli (soit une hausse de 9% par rapport à janvier 2020). Tinder, Happn, Once ou encore Facebook Dating offrent désormais la possibilité de se parler en visioconférence dès qu’il y a « match » entre deux membres. La vigilance en prime: 45% des célibataires** se montrent plus prudents qu’auparavant, 44% souhaitent prendre le temps de faire connaissance avant de concrétiser. Ralentir le rythme des rencontres, se donner une chance d’être surpris par un profil qu’on n’attendait pas forcément, oublier un peu la pression sociale ou familiale qui incite à se caser au plus vite… Même s’il complique les rencontres, le coronavirus ne change rien aux attentes. 67% des femmes* recherchent des relations sérieuses, alors que 73% des hommes souhaitent plutôt pimenter leur quotidien avec des aventures sans lendemain. Des « corona-romances » pour un jour, ou pour toujours…* Ifop pour Facebook, décembre 2020; **Etude Once, avril 2020

“Le Covid nous a aidés à briser la glace”: Juliette, 28 ans

Pour le premier confinement, je logeais chez ma mère. C’était compliqué de faire des rencontres, alors je me suis inscrite sur l’application « Once ». Pendant deux mois, j’ai discuté en visio avec un homme avec qui le courant passait bien. Mais lorsqu’on s’est enfin rencontrés, on a été déçus tous les deux. Peu après, j’ai rencontré Romain. Cette fois, on s’est vu très vite. Il est venu chez moi plusieurs fois, pour jouer de la musique, un goût que nous partageons. On s’est d’abord donnés rendez-vous dans un parc. Avant cela, et par texto, on a discuté des limites qu’on se fixait, de ce qu’on aurait le droit de faire ou non, se prendre la main ou s’embrasser… La Covid nous a finalement aidés à briser la glace, à aborder simplement des sujets dont on ne parle pas, en général, à ce stade d’une relation. Très vite, nous avons vécu ensemble et passé ensemble le deuxième confinement.

“J’ai créé un groupe de soutien entre célibataires”: Matilda, 58 ans

La vie sociale s’étant considérablement réduite, il devient beaucoup plus difficile de rencontrer quelqu’un. Et puis les soirées sont plus longues: moi qui aime bien sortir, j’ai maintenant plus de temps. C’est sans doute ce qui m’a décidée à tester deux sites de rencontre pendant les confinements. J’ai rencontré deux hommes, pour des promenades au parc, mais j’ai été déçue. Je n’aime pas ce principe où chacun fait son marché, et puis l’un d’eux avait quinze ans de plus que sur sa photo! Je me suis désinscrite. Pour mieux vivre cette période, j’ai créé un groupe de soutien entre célibataires sur Facebook. Aujourd’hui, on est plus de 300: ce n’est pas un groupe de rencontres mais plutôt un moyen de créer des liens, de se soutenir, de rire ensemble dans ce contexte assez anxiogène. facebook;confinementdescélibataires

“La période favorise le slow dating”: Caroline, 44 ans

Ce n’est pas facile de trouver des endroits où faire connaissance. Je n’aime pas inviter chez moi pour un premier rendez-vous, d’autant que j’ai des enfants. Sur les sites, beaucoup d’hommes sont très pressés, parfois inconscients. Lorsque je leur dis que je veux rester prudente, certains ne veulent plus me voir. Cet été, j’ai eu une histoire de deux mois avec un homme connu sur Internet. Nous avons appliqué les gestes barrières pendant plus de quinze jours pour être sûrs qu’aucun n’avait développé la maladie. Le Covid n’empêche pas les rencontres mais elle les rend plus lentes, elle favorise une sorte de « slow dating ». Cela permet aussi de faire le tri, d’éliminer les impatients, ceux qui multiplient les rencontres et ne recherchent pas vraiment de relation sérieuse.

Pascal Lardellier, sociologue, auteur de « Les réseaux du coeur – Sexe, amour et séduction sur Internet » (François Bourin Editeur)

“La période marque la perte de l’insouciance”

Le Covid a eu la même conséquence sur les relations sociales que le Sida sur les relations amoureuses dans les années 80: la perte de l’insouciance. L’autre devient possiblement dangereux, contagieux. On arrive au rendez-vous avec un masque, on est beaucoup plus méfiant, on garde ses distances même si le charme opère. L’époque est révolue des premiers rendez-vous où l’on pouvait commencer à s’effleurer à un moment de la soirée… Derrière ces relations contraintes, il peut y aussi avoir parfois un jeu autour du désir, du dévoilement progressif. Mais globalement, l’impact pour les célibataires est tout de même assez négatif. S’ils se connectent davantage sur les sites et applis, – une première pour beaucoup d’entre eux -, le passage du virtuel au réel reste complexe.

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