Dans un merveilleux livre illustré, le photographe Xavier Martin raconte les coulisses de cette séance mythique lors de laquelle Serge Gainsbourg posa pour lui, nu, dans sa baignoire, rue de Verneuil à Paris (Gainsbourg rue de Verneuil, éd. Hervé Chopin).

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Chanter, composer, vivre, aimer. Serge Gainsbourg ne faisait rien comme personne. Au risque parfois de choquer, comme ce jour où il a été cru avec Whitney Houston. En mars 2021, cela fera trente qu’il est mort. Pourtant il continue de vivre dans ses chansons autant que dans le cœur de celles et ceux qui l’ont aimé. A commencer par Jane Birkin qui le rencontra en 1968 et continua à composer avec lui bien après leur rupture en 1980. Elle a souvent raconté leurs souvenirs merveilleux et la douleur d’avoir perdu le grand amour de sa vie, à la télé mais aussi dans son autobiographie publiée en deux tomes ( Munkey Diaries et Post Scriptum, éd. Fayard).

Aujourd’hui c’est au tour du photographe Xavier Martin de se piquer aux ronces des souvenirs. Mais c’est un souvenir joyeux, gai, et même virevoltant, qu’il raconte dans Gainsbourg, rue de Verneuil (éd. Hervé Chopin 64 p., 14,50 €). Dans ce formidable beau livre illustré de ses photos et planches contact, il revient en images sur la séance qu’il organisa avec Serge Gainsbourg dans son appartement rue de Verneuil à Paris, et plus particulièrement dans sa salle de bains. Et même dans sa baignoire !

Comment diable a-t-il réussi à convaincre Gainsbourg de poser nu dans son bain et de prendre cette photo devenue mythique? Leur rencontre date d’un lointain soir de 1980, où l’on pouvait encore danser en boîte de nuit. “Lorsque je rencontre Serge Gainsbourg, son talent et son style sont déjà légendaires, se souvient-il. Il me demande pourtant en riant ce qu’il doit faire pour passer dans Paris-Match. Je lui réponds qu’il pourrait épouser une princesse de Monaco”. Plus sérieusement, il lui suffirait de poser avec Jane Birkin et ses enfants, mais Serge refuse catégoriquement, alors Xavier Martin réfléchit. “Une idée vient de germer dans ma tête : pourquoi ne pas le photographier dans son bain?”

Cette idée saugrenue n’effraie pas Gainsbourg. A l’époque il a 52 ans et vient de composer Dieu est un fumeur de gitanes pour la BO du film Je vous aime dans lequel il joue avec Catherine Deneuve. Serge accepte cette proposition, heureux de laver ainsi son image comme le laisse entendre sa “petite remarque caustique sur sa réputation d’homme négligé qui allait enfin sauter“.

La séance a donc lieu dès le lendemain

C’était une belle après-midi ensoleillée du mois de septembre 1980, il faisait doux. J’ai acheté du bain moussant, emporté mes pellicules, mes objectifs et mon flash. Puis j’ai prix un taxi”, se remémore Xavier Martin. C’est Serge en personne qui lui ouvre, seul chez lui, volets fermés. “Je me souviens d’une impression générale d’ordre et de propreté”, souligne le photographe. Après une discussion, direction le premier étage où se trouve la salle de bains et “une baignoire bordée de bois laqué noir, un modèle encastré américain, rare à l’époque“. Le décor est élégant. “Les nombreux flacons boîtes d’onguents qui étaient bien rangés sur les étagères témoignaient contre la mauvaise réputation de Serge. Réputation qu’il avait créée lui-même en affirmant qu’il n’entrait jamais aucune salle de bains, se contentant de se laver d’une main avec un brumisateur d’eau”. “Chaleureux et amical, attentif, jamais arrogant “, Serge fume cigarette sur cigarette, debout à côté de la baignoire, en attendant que flash et parapluie soient installés. Il porte “une veste militaire, un jean qui avait l’air repassé et au pieds des Repetto blanches, à la propreté impeccable”.

Pas de maquillage, pas de retouche, pas de styliste, mais d’abord quelques photos devant le miroir où Serge se rase pour de vrai avec son Braun électrique, vêtu d’un peignoir ouvert sur son torse glabre. Il s’agit de le détendre, de “nous échauffer“, écrit Xavier Martin qui finit par s’éclipser pour permettre à Gainsbourg de se déshabiller et de se glisser dans le bain plein “d’une montagne de mousse légère et pétillante“.

Lorsque Xavier Martin revient, il constate, amusé, que Serge a sagement plié ses affaires aux pieds de la baignoire. “Maintenant on va dire que je suis pédé !“, lance-t-il, provocateur. Et Xavier Martin de lui répondre du tac au tac: “Mais non, on va dire que tu es propre ! ” Ce dernier sait qu’il lui faut faire vite, car la mousse ne va pas tenir une éternité. La photo, elle si. Devenue mythique, c’est bien l’éternité qu’elle a gagnée.

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