- Un phénomène amplifié par les confinements
- Gender reveal party, des cérémonies sur-mesure
- Un emballement inattendu
- Une fête qui renforce les stéréotypes de genre
- Célébrons l’arrivée d’une nouvelle vie plutôt que son sexe
Une fumée bleue qui s’échappe du pot d’échappement d’un moto, parce que le futur père est un biker. Un parapluie qui s’ouvre au dessus de la tête de la future mère et qui libère une pluie de confettis roses. Un « cake reveal » dont le glaçage immaculé cache une génoise teintée par un colorant alimentaire rose. Le Burj Khalifa illuminé en bleu du premier au 163e étage, et qui affiche, devant le tout Dubaï : « It’s a boy« .
Toujours plus originale et jamais trop spectaculaire, la révélation du sexe – et non du genre, malgré ce nom problématique – du futur bébé est le climax de ces nouvelles fêtes prénatales très stéréotypées. Les proches y sont conviés, et la caméra de smartphone, allumée, pour immortaliser l’annonce, partagée ensuite sur les réseaux sociaux.
Plus de 2,5 millions de publications sur Instagram sont légendées d’un hashtag #GenderReveal. Une autre donnée pour réaliser l’ampleur du phénomène : les vidéos marquées de ce même mot-dièse cumulent 9,3 milliards de vues sur TikTok.
https://www.instagram.com/p/CVskaZRL31G/
Un phénomène amplifié par les confinements
Ce concept né États-Unis serait arrivé en France qu’en 2020, à l’époque des premiers confinements, selon Lynda, fondatrice de la société d’évènementiels Events Byl. L’enfermement a fait intensifié notre consommation des réseaux sociaux, « TikTok a explosé, et c’est là que nous avons découvert ces évènements organisés ailleurs ».
Depuis, l’experte en événementiel se voit régulièrement confier des enveloppes scellées, préparées directement par le gynécologue pour les futurs parents,afin de garantir l’effet de surprise le jour de la cérémonie.
Selon elle, l’engouement s’explique par deux leviers : d’abord « l’envie de faire la fête en famille et de se retrouver », après une période difficile ; mais aussi l’appropriation de cette célébration par une génération d’influenceuses devenues mères ces dernières années, qui a permis de démocratiser cette fête auprès de leurs communautés.
« Certaines téléréalités, comme la franchise de W9 Les Marseillais, ont même organisé des Gender Reveal Parties à l’écran, pour certains candidats emblématiques en couple qui attendaient un enfant », pointe l’essayiste féministe Valérie Robert, autrice de Téléréalité : la fabrique du sexisme (éditions Les Insolentes).
Gender reveal party, des cérémonies sur-mesure
En mai 2021, Lynda a organisé la Gender Reveal Party d’un couple de candidats de télé-réalité, suivi par des millions d’internautes. L’évènement a bien sûr été partagé sur leur compte Instagram respectif, et l’organisatrice et décoratrice, mentionnée comme telle en légende de la vidéo d’annonce.
Instantanément, les demandes affluent. « De mai à septembre dernier, les clients qui me contactaient voulaient précisément le même décor et le même mode d’annonce ». Un buzzer sur lequel il faut appuyer pour déclencher l’envoi des fumigènes colorés, en l’occurrence.
Une autre fois, Lynda a préparé la Gender Reveal Party d’un couple, dont le futur père est footballeur. Elle a alors pensé faire sortir la poudre de couleur du ballon rond, une fois le coup de pied du professionnel parti.
La fondatrice de Byl Events doit se montrer créative et composer avec les envies des clients, qui lui envoient souvent leurs inspirations capturées sur Instagram ou Pinterest. Preuve qu’avec les réseaux sociaux, la tendance se nourrit d’elle-même, de manière exponentielle.
Un emballement inattendu
Celle à qui l’on attribue la création du concept, Jenna Karvunidis, nous confie avoir été « très surprise » par cet emballement.
En 2008, cette écrivaine américaine annonce sur son blog, populaire depuis le début des années 2000, qu’elle va organiser une fête pour révéler si son bébé est un garçon ou une fille. Peu de temps après, le média parental The Bump l’interviewe sur sa grossesse, et notamment, sur cette fête de révélation.
« Le magazine était distribué aux cabinets de sages-femmes et d’obstétriciens dans tout le Midwest. Alors, pendant qu’ils attendaient de savoir si leur bébé était un garçon ou une fille, les futurs parents lisaient cet article. C’est ainsi qu’ils ont commencé à faire des gâteaux pour révéler le sexe de leur futur enfant », nous raconte Jenna Karvunidis.
Une fête qui renforce les stéréotypes de genre
Cette mère de trois enfants semble regretter aujourd’hui d’avoir initié cette tradition au code-couleur ultra-stéréotypé, des ballons aux tenues des invités, en passant par le vernis de la future mère. « Le genre est un spectre. Et seule la personne concernée peut vous dire quel est son genre. Je ne m’en suis pas rendue compte lorsque j’ai mis du glaçage rose et bleu sur un gâteau il y a 14 ans », avoue-t-elle.
L’Américaine parle d’ailleurs de « fête de révélation de sexe », biologique, et non de genre, construit. Avec ces fêtes, « les parents projettent déjà sur leur futur enfant certaines attentes. Il est encore un fœtus, mais est déjà enfermé dans des stéréotypes », nous résume Valérie Rey-Robert.
« C’est un BÉBÉ, il ou elle aura toute sa vie pour subir les stéréotypes de genre, pas la peine de commencer in-utéro quoi », s’insurge à son tour une jeune médecin sur Twitter.
Outre ce bleu-cliché utilisé pour annoncer l’arrivée d’un petit garçon, et ce rose-barbie, pour célébrer celle d’une fillette, les stéréotypes de genre sont aussi renforcés par les figurines qui décorent les « cake reveal » (des poupées, des camions…) ou encore, par le choix des émojis lors de la révélation 2.0.
Célébrons l’arrivée d’une nouvelle vie plutôt que son sexe
« Quand une tendance arrive des États-Unis, nous voulons nous l’approprier. Aujourd’hui, les mentalités évoluent outre-Atlantique et je reçois de plus en plus de demandes de clients qui souhaitent des décors ‘moins rose et bleu' », témoigne Lynda, optimiste.
Si elle ne craint pas de critiquer ce qu’elle a créé, Jenna Karvunidis déplore toutefois que ces célébrations « suscitent autant de haine ». « Je pense que cela a à voir avec le sexisme – parce que ce sont des fêtes organisées principalement par des femmes« , pointe-t-elle avec justesse.
L’Américaine refuse de « blâmer les parents ou de les faire culpabiliser ». « C’est normal d’être excité à l’idée d’avoir un nouveau bébé », rappelle-t-elle. « D’autant que cette fête survient au moment où le risque de fausse couche commence à s’éloigner », complète Valérie Rey-Robert. Et qu’elle inclut les pères, à la différence de la baby shower.
Le mot de la fin revient à la créatrice repentie. « L’accent devrait être mis moins sur le sexe et plus sur la célébration d’une nouvelle vie. »
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